AccueilActualitéSociétéBiakato : reprise scolaire timide malgré la menace des ADF en Ituri

Biakato : reprise scolaire timide malgré la menace des ADF en Ituri

Ce lundi 1er juin 2026, le bourg de Biakato, chef-lieu de la chefferie de Babila Babombi en territoire de Mambasa (Ituri), a connu un semblant de retour à la normale. Les enfants, sacs au dos, ont timidement repris le chemin des classes après près de trois semaines d’interruption forcée. Un silence pesant, brisé par les pas hésitants des écoliers, remplace désormais le vacarme des armes qui a terrorisé la région ces derniers mois. La peur reste palpable, mais la vie tente de reprendre ses droits.

La fermeture des établissements scolaires avait été précipitée par une recrudescence des attaques des Forces démocratiques alliées (ADF). Ce groupe armé, semant la mort et la désolation, a contraint de nombreux habitants à fuir, laissant derrière eux maisons et champs. Les enseignants, eux-mêmes menacés, ont dû abandonner leurs postes, plongeant des centaines d’élèves dans l’incertitude. L’année scolaire 2025-2026, déjà perturbée par les violences chroniques dans l’est de la RDC, a vu son épilogue sérieusement compromis.

Face à cette situation critique, une lueur d’espoir émerge. Selon Michel Ipunio Nesapongo, sous-proved de la sous-division Mambasa 2, les écoles ont rouvert leurs portes ce lundi avec comme objectif de sauver ce qui peut encore l’être de l’année scolaire. « Nous avons prévu deux journées de révision, lundi et mardi, avant le début des examens de fin d’année fixé au mercredi 3 juin pour le niveau primaire », a-t-il annoncé. Cette organisation express vise à rattraper le retard accumulé, mais beaucoup s’interrogent sur les conditions d’apprentissage dans un tel contexte.

Le sous-proved a lancé un vibrant appel à la mobilisation générale : enseignants, parents et élèves sont invités à se surpasser. « Nous devons nous serrer les coudes pour sauver l’année scolaire malgré la situation sécuritaire difficile », a-t-il insisté. Ces mots résonnent comme un défi dans une zone où la psychose des attaques rôde encore. Les parents, qui ont vu leurs moyens de subsistance anéantis, doivent désormais choisir entre la sécurité de leurs enfants et leur droit à l’éducation.

À cela s’ajoute une autre menace, sanitaire cette fois. La région reste sous l’emprise de l’épidémie d’Ebola, toujours active en Ituri. Les mesures de prévention, pourtant essentielles, peinent à être rigoureusement appliquées dans des écoles souvent dépourvues d’infrastructures de base. Le sous-proved a rappelé la nécessité de respecter les gestes barrières, mais comment exiger des distances physiques dans des classes bondées et sans eau courante ? Une équation quasi impossible qui illustre l’écart entre les discours officiels et la réalité du terrain.

La reprise observée à Biakato n’est toutefois qu’un frémissement. De nombreuses familles ne sont pas encore revenues, et certains villages restent vidés de leurs habitants. Les enfants qui ont repris le chemin de l’école le font avec la peur au ventre, conscients que la menace des ADF n’a pas disparu. Les récits des rescapés, marqués par des tueries et des enlèvements, hantent encore les mémoires. L’insécurité persistante dans le territoire de Mambasa continue d’hypothéquer l’avenir de toute une génération.

Au-delà des examens imminents, c’est le droit fondamental à l’éducation qui est bafoué par les violences cycliques dans l’est du Congo. Chaque nouvelle attaque éloigne un peu plus les enfants des bancs de l’école, les poussant vers les mines artisanales ou les groupes armés. La communauté internationale, souvent muette face à cette tragédie silencieuse, devrait pourtant s’émouvoir de cette double peine : celle d’une insécurité permanente et d’un avenir scolaire sacrifié.

En attendant, à Biakato, instituteurs et parents croisent les doigts. Les révisions ont débuté dans un sentiment d’urgence mêlé de résignation. Clôturer l’année scolaire est à la fois une victoire symbolique et un cri d’alarme. Sans un retour durable à la paix, ces soubresauts éducatifs resteront vains. La rentrée prochaine est d’ores et déjà une inconnue, suspendue au bon vouloir des seigneurs de guerre.

Article Ecrit par Chloé Kasong

Source: actu30.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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