Deux semaines après le redémarrage des moteurs, le Sud-Kivu assiste au réveil d’une artère économique longtemps en sommeil. Les travaux de modernisation des routes nationales n°5 (RN5) et n°30 (RN30), brutalement suspendus lors des pillages consécutifs à l’incursion éphémère des rebelles de l’AFC-M23 à Uvira, ont officiellement repris. Un signal fort qui redonne un souffle au désenclavement régional.
Ces deux axes ne se contentent pas de quadriller le territoire. Ils constituent un véritable cordon ombilical logistique, irriguant les échanges entre la République Démocratique du Congo et cinq pays limitrophes : Burundi, Rwanda, Ouganda, Tanzanie et Zambie. L’interruption des travaux, après le vol d’engins et de matériaux en février dernier, avait plongé les opérateurs économiques dans l’incertitude, étranglant le trafic transfrontalier et alourdissant les coûts de transport de denrées essentielles.
Sur le terrain, la reprise se concrétise en deux chantiers aux mécaniques financières distinctes. Sur la RN5, le bitumage avance du pont Kavimvira jusqu’au quartier Mulongwe, un tronçon entièrement pris en charge par le gouvernement central. En parallèle, la RN30 voit ses équipes s’activer sur l’aménagement des caniveaux entre Kavimvira et la frontière congolo-burundaise, grâce à une enveloppe de l’Union européenne.
« La modernisation de ces deux voies est une victoire pour le développement de toute la région », s’enthousiasme Jean de Dieu Mabiswa, administrateur du territoire d’Uvira. Selon lui, l’asphaltage ne désenclavera pas seulement la cité côtière, mais ouvrira également les territoires voisins de Fizi et de Mwenga, et plus loin la province du Maniema jusqu’à Kindu. Une promesse de connectivité qui pourrait métamorphoser ces zones longtemps isolées en maillons actifs du commerce interafricain.
Le bilan logistique révèle toutefois une réalité à deux vitesses. Dominique Kalonzo, habitant d’Uvira et témoin quotidien du ballet des engins, observe une asymétrie criante. « Les travaux de modernisation de la RN30, financés par l’Union européenne, ne souffrent d’aucun problème de liquidité. Ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas pour la RN5, dont le financement dépend directement des décaissements du gouvernement congolais », explique-t-il. Cette dépendance aux finances publiques, souvent imprévisibles dans un contexte budgétaire tendu, pourrait ralentir le coup de fouet économique attendu par les transporteurs et les commerçants de la région.
Pourtant, la simple reprise effective des chantiers agit déjà comme un catalyseur psychologique. « Chaque mètre de bitume posé réduit le prix des marchandises et rapproche les marchés », confie un grossiste d’Uvira, les yeux rivés sur la route qui relie le port du lac Tanganyika aux corridors est-africains. De fait, la fluidité annoncée sur ces axes devrait mécaniquement faire baisser les coûts logistiques, stimuler les exportations de produits miniers et agricoles, et intensifier les échanges informels qui nourrissent des milliers de familles.
L’enjeu dépasse le simple bitume. Dans un Sud-Kivu à la géographie économique fragmentée, chaque route modernisée est une promesse d’intégration sous-régionale. Si les financements publics parviennent à tenir la cadence, ces deux artères maculées d’espoir pourraient achever leur mue d’ici fin 2026, transformant la province en hub logistique au cœur de la région des Grands Lacs. Un horizon qui, pour l’heure, éloigne le spectre d’un enclavement chronique et redonne foi aux acteurs économiques.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
