En plein cœur de la riposte contre l’épidémie d’Ebola qui frappe l’Ituri et le Nord-Kivu, un autre type de séisme secoue les relations entre la RDC et les États-Unis. Depuis le 18 mai, l’ambassade américaine à Kinshasa a suspendu sine die la délivrance de tout visa, qu’il soit d’immigrant ou de non-immigrant. Une décision qui prend de court des milliers de demandeurs et illustre à quel point une crise sanitaire peut redessiner les politiques migratoires.
Le communiqué officiel, diffusé ce jour, ne laisse planer aucun doute : aucun rendez-vous ne peut être programmé tant que la suspension reste en vigueur. Les demandeurs déjà inscrits en ont été informés, et les frais de dossier, payés parfois plusieurs centaines de dollars, conserveront leur validité durant 365 jours. Une maigre consolation pour les voyageurs d’affaires, étudiants ou familles séparées, brusquement privés de perspective américaine.
Derrière cette suspension brutale, une raison sanitaire que l’administration Biden juge impérieuse : la flambée du variant Bundibugyo du virus Ebola. Selon le gouvernement congolais, plus de 400 cas ont été comptabilisés dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, avec déjà plus de 100 décès. Or, ce variant ne bénéficie d’aucun vaccin ni traitement homologué – une lacune qui alarme les autorités sanitaires internationales. Même si le Bundibugyo est réputé moins virulent que la souche Zaïre, le Département d’État américain justifie sa prudence en évoquant « les normes les plus élevées en matière de santé et de sécurité publiques ».
Mais cette suspension était-elle inéluctable ? Alors que les foyers épidémiques sont localisés dans l’Est du pays, à des milliers de kilomètres de Kinshasa, certains s’interrogent sur la proportionnalité de la mesure. D’aucuns y voient une application mécanique des protocoles d’urgence sanitaire, tandis que les milieux diplomatiques rappellent que les précédentes épidémies d’Ebola n’avaient pas entraîné de gel aussi complet des services consulaires. La question rhétorique se pose : faut-il réduire toute une nation à l’état de menace biologique, au risque d’entraver la coopération bilatérale et les échanges économiques ?
Les conséquences sont palpables. À Kinshasa comme à Goma, des jeunes admis dans des universités américaines risquent de rater la rentrée académique. Des entrepreneurs voient s’envoler des contrats, des missions humanitaires sont retardées. Même la diaspora congolaise, pourtant détentrice de cartes vertes, se trouve affectée lorsqu’il s’agit de faire venir un conjoint ou un enfant. Le sentiment d’injustice enfle, d’autant que les visas déjà imprimés et apposés sur les passeports demeurent valides – une subtilité qui souligne la dimension préventive, et non curative, de la décision.
L’ambassade américaine se veut rassurante sur un point : tous les rendez-vous suspendus seront reprogrammés une fois la suspension levée. Mais nul ne se hasarde à pronostiquer une date. Tout dépendra de l’évolution de l’épidémie d’Ebola en Ituri et au Nord-Kivu, qui, selon les experts, pourrait encore connaître des rebonds en raison de l’absence de vaccin disponible contre le variant Bundibugyo. La suspension visa USA RDC rappelle ainsi, comme un écho douloureux, la fragilité des ponts entre les nations quand une urgence sanitaire s’en mêle.
En attendant, les regards se tournent vers l’Organisation mondiale de la santé et les centres de recherche qui tentent de développer en urgence des solutions vaccinales. Peut-être que le déblocage de la situation migratoire servira d’accélérateur à cette quête scientifique. D’ici là, les demandeurs de visa pour les États-Unis au Congo n’ont d’autre choix que de patienter, dans l’incertitude d’une épidémie qui, outre les vies humaines, grignote aussi les rêves d’ailleurs.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
