Ce mercredi 20 mai, Kinshasa a été le théâtre d’un événement politique d’un genre nouveau : le lancement officiel de la plateforme « Congolais Article 63 », une coalition hétéroclite unissant partis politiques, organisations de la société civile et personnalités indépendantes autour d’un seul et même cri de ralliement – la défense de l’intégrité territoriale, de la souveraineté nationale et de la patrie congolaise. Face à l’occupation persistante de pans entiers de l’est de la République démocratique du Congo par des forces armées étrangères, notamment rwandaises et ougandaises, cette structure entend incarner un sursaut de mobilisation nationale.
À sa tête, Dieudonné Nkishi Kazadi, leader du parti Congo Positif, ne mâche pas ses mots. « Ce combat prend une autre allure avec l’article 63, qui oblige tout Congolais à défendre la patrie lorsqu’elle est menacée. Ce pays, même agressé, envahi, en difficulté, n’intéresse nos politiciens que dans ses dimensions de pouvoir », a-t-il lancé, pointant du doigt une classe politique davantage absorbée par ses querelles internes que par l’urgence du péril extérieur. La référence à l’article 63 de la Constitution n’est pas anodine : ce texte dispose que « tout Congolais a le devoir de sauvegarder l’intégrité du territoire national et de défendre la patrie en cas de menace grave, immédiate ou certaine ». La plateforme transforme ainsi une obligation constitutionnelle en mot d’ordre militant.
Mais derrière l’appel au patriotisme, c’est un véritable réquisitoire contre le pillage des ressources naturelles qui se dessine. Depuis des décennies, l’occupation étrangère se nourrit de l’exploitation illicite des minerais stratégiques – coltan, cobalt, cassitérite – alimentant des réseaux de contrebande qui échappent à tout contrôle. La plateforme Congolais Article 63 s’insurge contre cette spoliation, rappelant que la souveraineté de la RDC ne se débat pas seulement sur les fronts militaires, mais aussi dans les coffres-forts où s’entassent les profits d’une guerre sans visage. Elle exige vigilance citoyenne et action collective, comme pour combler le vide laissé par des institutions souvent absentes ou compromises.
La naissance de cette plateforme survient dans un contexte où la défense de l’intégrité territoriale ressemble de plus en plus à un vœu pieux. Malgré l’instauration de l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, malgré les multiples sommets diplomatiques et les opérations militaires conjointes, les populations de l’Est continuent de vivre sous la menace permanente de groupes armés soutenus par des puissances voisines. La plateforme Congolais Article 63 offre donc une alternative – ou un complément – à l’action étatique : elle entend susciter une mobilisation nationale qui dépasse les clivages politiques pour se concentrer sur l’essentiel. « Partis et regroupements, organisations de la société civile, personnalités indépendantes : tous répondent présents », se félicite-t-on au sein de la coordination.
Mais cette mobilisation nationale parviendra-t-elle à infléchir le cours des événements ? L’histoire des mouvements citoyens en RDC oscille entre espoirs déçus et résilience tenace. Les précédentes expériences, comme celle du mouvement Lucha ou du combat pour la justice transitionnelle, montrent que la répression et la récupération politique ne sont jamais loin. La plateforme Congolais Article 63, par sa composition hétéroclite, pourrait soit catalyser une dynamique inédite, soit se diluer dans les inévitables rivalités qui la guettent. Tout dépendra de sa capacité à rester fidèle à son idéal constitutionnel sans devenir l’otage des ambitions personnelles.
En attendant, le simple fait qu’une telle initiative émerge alors que les canons grondent à l’Est et que les diplomates négocient dans l’ombre est un signe. Il témoigne d’une lassitude profonde, d’une fracture entre une classe politique accusée de jouer avec le feu et une société civile qui brandit la Constitution comme un bouclier. La plateforme Congolais Article 63 ne pourra pas, à elle seule, chasser les forces d’occupation étrangère ni stopper le pillage. Mais elle pourrait bien contraindre les dirigeants à regarder en face l’urgence d’une souveraineté qui ne se décrète pas, mais se défend. Les prochains mois diront si ce sursaut citoyen sera le prélude à une véritable reconquête de l’intégrité territoriale, ou une énième note de bas de page dans l’interminable chronique d’un Congo écartelé.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
