AccueilActualitéPolitiqueGouvernement Kasaï : le remaniement en trompe-l'œil de Crispin Mukendi

Gouvernement Kasaï : le remaniement en trompe-l’œil de Crispin Mukendi

Le bal des nominations a de nouveau retenti à Tshikapa. Ce mardi 19 mai, le gouverneur du Kasaï, Crispin Mukendi, a dévoilé la composition de son gouvernement provincial remanié. Un exécutif de dix membres dont l’ossature demeure étonnamment stable, faisant dire à plus d’un observateur que ce remaniement au Kasaï ressemble davantage à une opération cosmétique qu’à une refonte en profondeur.

Sur les dix portefeuilles que compte ce gouvernement provincial Kasaï, quatre seulement changent de titulaire. Une rotation mesurée qui, selon les termes convenus, vise à « insuffler une nouvelle dynamique » sans bouleverser les équilibres existants. Mais derrière cette communication lisse, se cache une réalité plus prosaïque : le gouverneur Mukendi a-t-il vraiment eu les coudées franches pour composer l’équipe de son choix ?

Parmi les nominations Tshikapa, Cédric Ngwamah hérite du très stratégique ministère des Finances et de l’Économie, succédant à Paul Kalamba. Ce dernier, loin d’être écarté, se voit confier les Infrastructures et l’Urbanisme – un maroquin non moins sensible dans une province où les besoins en désenclavement sont criants. L’ancien titulaire de ce poste, Pierre Muamba, migre quant à lui vers l’Éducation et la Culture, prenant la place de Gérard Bosco Mundeke. Enfin, Rose Kalongo remplace Odette Nkama à la Santé publique, au Travail et à l’Emploi. Ainsi, les quatre ministres Kasaï entrants ne font que permuter au sein d’un sérail déjà connu, sans qu’aucune personnalité extérieure ou technocrate vienne bousculer l’ordre établi.

La liste des reconduits, elle, donne la pleine mesure de la continuité. Peter Tshisuaka conserve l’Administration territoriale et la Sécurité, un poste éminemment politique en période pré-électorale. Jacob Pembelongo reste à l’Agriculture et au Développement rural, Bazin Mpembe au Budget, au Plan et à la Communication, Jeannot Kazadi aux Mines et Hydrocarbures, Ben Dubois Kanyinda aux Transports et Voies d’accès, tandis qu’Alphonsine Bundu demeure au Genre, aux Affaires sociales, à la Jeunesse, aux Sports et Loisirs. Notons que la parité, déjà très relative dans l’équipe précédente, est maintenue avec deux femmes sur dix ministres, soit un ratio qui ne surprendra guère dans le paysage politique congolais.

Que retenir de cette architecture gouvernementale ? D’abord, que Crispin Mukendi n’a pas voulu – ou pas pu – imprimer une rupture nette avec l’ère de son prédécesseur. En reconduisant six ministres sur dix, il envoie un signal de stabilité aux partenaires locaux et nationaux, mais prend le risque de décevoir une opinion publique qui espérait un renouvellement plus audacieux. Certains analystes y voient la marque d’un subtil jeu de chaises musicales dicté par des logiques de partage du pouvoir au sein de la majorité provinciale, où chaque parti ou groupe d’influence a pesé de tout son poids pour conserver ses prébendes. D’autres y lisent la prudence d’un jeune gouverneur soucieux de ne pas se créer d’inimitiés trop tôt dans son mandat.

Le maintien de figures comme Peter Tshisuaka à la Sécurité ou Jeannot Kazadi aux Mines interroge également. Ces portefeuilles concentrent l’essentiel des ressources et des tensions dans une province marquée par les conflits fonciers et l’exploitation artisanale du diamant. Le gouverneur s’adosse-t-il sur des profils d’expérience pour gérer ces dossiers brûlants, ou n’a-t-il pu déloger des barons trop solidement installés ? L’absence de sang neuf à des postes aussi névralgiques peut être perçue comme un aveu de faiblesse ou, à l’inverse, comme la sagesse d’un chef d’exécutif qui connaît les limites de son pouvoir.

Au-delà du casting, c’est la méthode qui intrigue. L’annonce des nominations Tshikapa survient dans un relatif silence, sans mise en scène excessive, comme si l’on souhaitait tourner rapidement la page. Pourtant, ce remaniement Kasaï était attendu depuis plusieurs semaines par les états-majors politiques locaux. Le nouveau gouvernement devra désormais faire ses preuves sur le terrain, dans une province qui cumule les défis : infrastructures en ruine, système de santé exsangue, éducation sinistrée, insécurité persistante. Les mots-clés de la gouvernance chers aux bailleurs de fonds – transparence, efficacité, redevabilité – résonnent cruellement face à la précarité quotidienne des Kasaïens.

En définitive, ce replâtrage gouvernemental ressemble à un pari. Celui de la continuité plutôt que de l’aventure, de la cooptation plutôt que de la rupture. Crispin Mukendi a choisi de ne pas remettre en cause l’échiquier hérité, quitte à assumer l’image d’un exécutif qui se regarde un peu trop le nombril. La question qui se pose désormais est de savoir si cette équipe hybride, entre anciens et nouveaux visages, saura relever les immenses défis qui l’attendent. Faute de résultats rapides, le gouverneur pourrait rapidement se voir reprocher ce conservatisme de façade, et la valse des portefeuilles n’apparaître que comme un écran de fumée. Rendez-vous est pris avec l’action gouvernementale, seule juge de paix en politique.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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