Une vaste opération menée dans le Grand Nord-Kivu a conduit à l’interpellation de treize personnes présumées proches des groupes armés ADF et AFC/M23, ont annoncé les Forces Armées de la République Démocratique du Congo ce mardi 19 mai. Ces arrestations, survenues dans les territoires de Beni et Lubero, jettent une lumière crue sur les réseaux de financement et d’espionnage qui gangrènent la région.
Huit suspects sont formellement accusés de collaborer avec les terroristes ADF, plus précisément avec le chef djihadiste Abwakasi. Leur axe commun ? L’exploitation aurifère dans la zone de Mangurijipa, véritable artère économique pour la rébellion. « Ils collaborent avec Abwakasi pour l’exploitation de l’or », a déclaré le lieutenant Marc Elongo, porte-parole des opérations Sokola 1, lors d’une présentation publique. Mais comment ce trafic a-t-il prospéré sans être inquiété ? Les images des services de renseignement, saisies dans le cadre de l’enquête, montrent l’un des prévenus en tête-à-tête avec le commandant islamiste, confirmant des liens opérationnels étroits.
Le circuit démantelé apparaît tentaculaire. D’après le lieutenant Elongo, les investigations ont permis de remonter jusqu’au « cerveau moteur » de ce réseau. Ce dernier, confronté aux premières interpellations de ses pions à Bapere, aurait tenté de les faire libérer en sollicitant un acteur de la société civile, moyennant une caution de 750 dollars américains. Une manœuvre qui illustre la porosité des frontières entre milieux criminels et institutions locales. L’affaire soulève une question dérangeante : combien d’autres intermédiaires non identifiés facilitent aujourd’hui le blanchiment des minerais de sang dans cette partie tourmentée de la RDC ?
La seconde vague d’interpellations cible cinq individus accusés d’espionnage pour le compte de la branche AFC/M23. Leur mission présumée consistait à collecter des renseignements sur les positions de l’armée congolaise dans les zones qu’elle contrôle. Mais l’enquête révèle également un pan inattendu : certains de ces espions étaient chargés d’acheminer une quantité industrielle de chanvre appartenant à un commandant rebelle vers les marchés urbains de Beni et Butembo. Ce trafic de stupéfiants, en plus de renflouer les caisses de la rébellion, lui offre un couvert logistique discret pour ses déplacements.
Ces arrestations interviennent alors que la région est le théâtre d’une escalade sécuritaire, entre opérations Sokola 1 et expansion des zones d’influence rebelles. L’interpellation simultanée de collaborateurs de deux groupes distincts confirme une criminalité enchevêtrée, où les circuits de l’or, du chanvre et de l’espionnage se superposent pour déstabiliser les efforts de pacification. Les autorités militaires, sans dévoiler la suite judiciaire, insistent sur la détermination à neutraliser ces « maillons invisibles ». Le porte-parole a rappelé que les opérations se poursuivent pour démanteler l’ensemble du réseau. La population de Lubero et Beni, éprouvée par des années de violences, observe désormais avec l’espoir que ce coup de filet marque un tournant dans la lutte contre l’impunité et l’économie de guerre.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
