AccueilActualitéJusticeRapatriement ordonné pour une Colombienne expulsée illégalement en RDC

Rapatriement ordonné pour une Colombienne expulsée illégalement en RDC

Une décision de justice américaine vient ébranler le dispositif d’expulsion de ressortissants étrangers mis en place par l’administration Trump. Dans une ordonnance rendue publique le 13 mai, le juge fédéral Richard J. Leon a ordonné au gouvernement des États-Unis de rapatrier Adriana Zapata, une Colombienne de 55 ans, expulsée de manière « illégale » vers la République démocratique du Congo (RDC).

Le magistrat estime que l’exécutif américain a probablement violé la loi en procédant à cette expulsion sans l’accord formel du pays destinataire. Une mise en demeure a été adressée : l’administration Trump doit expliquer, d’ici au vendredi 15 mai à minuit, quelles mesures elle compte prendre pour faire revenir la quinquagénaire sur le territoire américain.

Le dossier d’Adriana Zapata illustre les tensions juridiques et diplomatiques entourant la politique migratoire américaine. Selon les informations rapportées par le New York Times, le ministère congolais de l’Intérieur avait expressément notifié aux autorités américaines son refus d’accueillir cette personne. Les raisons invoquées étaient médicales : Mme Zapata souffre de diabète, d’hyperlipidémie et d’hypothyroïdie, pathologies que les infrastructures sanitaires congolaises ne sont pas en mesure de prendre en charge correctement.

Malgré ce refus écrit, l’expulsion a été exécutée. Adriana Zapata a été embarquée de force à destination de Kinshasa, où elle est depuis confinée dans un hôtel de la périphérie, aux côtés d’autres migrants expulsés. Dans des propos relayés par le quotidien new-yorkais, elle se dit « terrifiée » et vit recluse en permanence dans sa chambre, par peur de l’environnement inconnu.

Ce n’est pas la première fois que le parcours de cette femme interroge la justice. En 2025, un tribunal américain avait déjà statué qu’elle risquait la torture si elle devait retourner en Colombie, son pays d’origine, qu’elle avait fui après avoir subi de graves violences de la part de son ancien compagnon, un homme lié à la police nationale colombienne. L’expulsion vers la RDC, pays avec lequel elle n’avait aucun lien, soulève de sérieuses questions sur le respect des principes de non-refoulement et des droits des personnes vulnérables.

L’ordonnance du juge Leon place désormais l’administration américaine face à une obligation de résultat. Le rapatriement d’Adriana Zapata doit être organisé sans délai, sous peine de voir la justice fédérale prononcer de nouvelles sanctions. Pour l’heure, aucune déclaration officielle n’a filtré du côté de la Maison-Blanche ou du département d’État.

Cette affaire intervient dans un contexte particulier pour Kinshasa, qui a récemment accepté d’héberger, à titre temporaire, des migrants de pays tiers expulsés par les États-Unis. Le 17 avril dernier, un premier contingent de quinze personnes était arrivé dans la capitale congolaise, logé dans une résidence hôtelière. Le gouvernement de la RDC avait alors insisté sur le caractère strictement provisoire de cet accueil, financé intégralement par Washington.

Mais l’arrivée de ces migrants a suscité une vive controverse dans l’opinion publique congolaise. Entre les difficultés socio-économiques internes, les déplacements massifs de populations à l’Est et les défis sécuritaires, beaucoup de citoyens jugent que le pays n’est pas en état d’assumer de telles responsabilités internationales. Des interrogations subsistent sur l’identité réelle des personnes accueillies, les risques d’insécurité et les conditions de vie précaires dans la mégapole kinoise.

À l’inverse, d’autres voix y voient une opportunité diplomatique, un moyen pour la RDC de se positionner comme un acteur constructif sur la scène internationale. Ce débat, cristallisé par le cas d’Adriana Zapata, met en lumière les ambiguïtés de la coopération migratoire entre les deux pays.

Le juge américain, dans son réquisitoire contre l’expulsion illégale, a rappelé un principe cardinal : une personne ne peut être déplacée de force vers un État tiers sans le consentement exprès de celui-ci. Le non-respect de ce préalable constitue, selon lui, une violation des règles internationales et des lois fédérales. La décision à venir de l’administration Trump sera scrutée, tant par la communauté juridique que par les défenseurs des droits humains.

Pendant ce temps, à quelques encablures de Kinshasa, Adriana Zapata attend, recluse derrière sa porte d’hôtel, que la justice américaine tienne sa promesse. Son sort, suspendu à un ultimatum judiciaire, symbolise les failles d’un système d’expulsion opaque, où les refus diplomatiques sont parfois balayés par des impératifs politiques.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net

Commenter
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Are you human? Please solve:Captcha


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Débrief du 7 juin 2026 : Insécurité à l’Est, FRIVAO, audit minier et résilience face à Ebola

Le débrief du 7 juin 2026 couvre la crise sécuritaire à Beni dénoncée par l'évêque Sikuli, le renforcement de l'aide humanitaire à l'Est, les révélations sur le FRIVAO, l'audit des revenus miniers par l'IGF et la tenue de l'ENAFEP en Ituri malgré Ebola.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques