La scène est devenue familière dans les travées de l’Assemblée provinciale du Kongo-Central : des bancs clairsemés, un silence lourd de sous-entendus et un couperet institutionnel qui refuse de tomber. Ce jeudi 14 mai 2026, la plénière consacrée à l’examen du réquisitoire contre le gouverneur Grâce Bilolo a tourné au fiasco. Sur les 40 députés provinciaux que compte l’organe délibérant, seuls 19 ont daigné pointer le bout de leur écharpe. Le quorum, clé de voûte de toute décision engageante, s’est évaporé dans les méandres d’une absence aussi massive que suspecte.
Pour comprendre le blocage, il faut remonter à la mécanique réglementaire. L’article 67 du règlement intérieur impose la présence des deux tiers des membres – soit 27 élus – pour qu’une résolution portant sur un dossier aussi sensible soit valablement adoptée. En deçà, l’Assemblée provinciale n’est qu’un théâtre d’ombres. Le rapporteur adjoint, Guylain Phanzu, a dû se résoudre à constater l’impuissance du jour : le rapport de la commission spéciale, pourtant audité en séance, est resté lettre morte. L’audition a précédé la suspension, mais jamais le vote fatidique.
L’ironie est que cet épisode intervient alors que le gouverneur Grâce Bilolo est sous le feu de graves accusations de malversations financières et de détournement de deniers publics. Le parquet provincial, dans son réquisitoire, a esquissé un tableau de gestion hasardeuse. Pourtant, la machine démocratique, grippée par l’absentéisme, semble offrir un sursis providentiel au chef de l’exécutif. Est-ce le fruit d’une stratégie politique savamment orchestrée par le camp Bilolo pour différer une mise en cause, ou bien le signe d’une désagrégation plus profonde de la discipline partisane au sein de l’Assemblée provinciale du Kongo-Central ?
L’observation des dynamiques locales donne des clés. Dans cette province où les alliances se font et se défont au gré des promesses de répartition des ressources, la présence en plénière devient une monnaie d’échange. Chaque absent peut être perçu comme une voix achetée pour le statu quo. La question, lancinante, hante les couloirs : qui a intérêt à ce que le quorum ne soit jamais atteint ? La majorité provinciale, naguère présentée comme un bloc compact, montre des fissures que les débats télévisés du pays relèvent avec une pointe de condescendance désabusée.
Toutefois, le droit a prévu une porte de sortie face à ce qui ressemble à un sabotage procédural. Guylain Phanzu l’a rappelé sans ambiguïté : si, lors d’une prochaine plénière, le quorum des deux tiers fait toujours défaut, l’Assemblée pourra passer au vote à la majorité simple des députés présents. Ce scénario, qui changerait radicalement la donne arithmétique, relancerait la machine et placerait Grâce Bilolo face au verdict d’une poignée de courageux. Mais d’ici là, chaque camp continuera à compter les siens, dans un climat où l’exécutif provincial récuse toute accusation et brandit la carte d’un complot politique.
L’enjeu dépasse le simple sort individuel d’un gouverneur. Il interroge la vitalité de la démocratie représentative dans le Kongo-Central. Une institution qui ne parvient pas à réunir ses membres pour trancher le sort d’un justiciable de premier plan est-elle encore légitime ? La population, spectatrice d’un feuilleton à répétition, voit se renforcer l’image d’une élite plus soucieuse de ses arrangements que de la reddition des comptes. Le silence de la rue est assourdissant, mais les réseaux sociaux bruissent de commentaires acides sur « l’Assemblée fantôme ».
Reste que la prochaine convocation de la plénière sera un test de vérité. Si le bras de fer se poursuit, les masques tomberont et les stratégies se dévoileront au grand jour. En attendant, le gouverneur Grâce Bilolo peut souffler, tapi dans l’antichambre de l’incertitude, alors que l’Assemblée provinciale demeure, pour l’heure, le lieu clos d’une majorité introuvable.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
