Quinze enfants congolais, arrachés à l’emprise de la Lord’s Resistance Army (LRA), se trouvent actuellement en République centrafricaine, dans l’attente d’un rapatriement urgent. Cette opération, pilotée par l’ONG Action pour la Promotion Rurale (APRU), mobilise l’ambassade de la RDC à Bangui et les autorités centrafricaines.
Pris en charge par une famille d’accueil à Djema, dans la préfecture du Haut-Mbomou, ces mineurs ont échappé de justesse aux rebelles ougandais. Leur présence dans cette zone frontalière reste hautement sensible : le village est infiltré par des éléments armés, rendant toute évacuation périlleuse. « Nous travaillons avec le gouvernement centrafricain pour les extraire de ce secteur à risque, les acheminer vers Bangui, puis vers Kinshasa », a confié Jean-Claude Malitano, coordonnateur d’APRU.
L’organisation humanitaire multiplie les démarches afin de sécuriser le corridor de rapatriement. Chaque heure compte. La région du Haut-Mbomou, proche de la frontière avec le Haut-Uele et le Bas-Uele, est en proie à une recrudescence des activités de la LRA. Selon plusieurs sources, les rebelles chercheraient à se reconstituer en nouant des alliances avec d’autres groupes armés centrafricains. Une telle recomposition fait peser une menace sécuritaire directe sur les provinces orientales de la RDC.
La sécurité du Haut-Uele est donc en jeu. C’est précisément dans cette province que les enfants rapatriés devraient être transférés, après un premier accueil à Kinshasa, pour bénéficier d’une prise en charge psychosociale et d’une réinsertion socio-économique. Le défi est double : soustraire ces jeunes à l’influence des bourreaux tout en empêchant que la LRA ne retrouve un sanctuaire le long de la frontière centrafricaine.
Ce n’est pas la première fois qu’une telle opération est menée. En janvier dernier, 23 enfants, dont 15 Congolais, avaient déjà été libérés des mains de la LRA grâce à une action conjointe impliquant l’ambassadeur de la RDC à Bangui. Cette nouvelle vague de rapatriement s’inscrit dans la continuité de ces efforts, mais le contexte sécuritaire s’est dégradé. La porosité des frontières et la mobilité des combattants rendent la zone particulièrement instable.
Jean-Claude Malitano a lancé un appel pressant aux autorités congolaises : « Il est essentiel que Kinshasa prenne la pleine mesure de la persistance de la LRA. Ces rebelles ne sont pas une menace résiduelle, ils se réorganisent. » Il insiste sur la nécessité de renforcer la coopération régionale et de ne pas relâcher la pression militaire, au risque de voir émerger un nouveau foyer d’insécurité.
L’ONG APRU, spécialisée dans le rapatriement et la réinsertion des enfants associés aux forces armées, dispose d’une expertise reconnue dans la région. Son action, combinée à la diplomatie congolaise, pourrait permettre d’acheminer les quinze enfants jusqu’à la capitale d’ici le 15 mai, comme le prévoit le calendrier fixé par l’organisation.
Une course contre la montre est engagée. Les enfants de Djema incarnent à la fois l’espoir d’une jeunesse congolaise libérée de la violence et l’urgence d’une réponse sécuritaire coordonnée. Chaque jour qui passe accroît le risque de voir les rebelles reprendre le dessus. La RDC parviendra-t-elle à protéger ses ressortissants tout en contenant la résurgence de la LRA sur son flanc nord-est ? La réponse dictera la stabilité de toute la sous-région.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
