Le FC Saint-Éloi Lupopo ne cache plus ses ambitions. Le président Jacques Kyabula l’a martelé avant le choc contre Vita Club : « L’objectif cette saison est de remporter le titre ». Pas de demi-mesure, pas de langue de bois, juste la certitude affichée d’un club qui se voit déjà décrocher le graal du championnat. Et sur le papier, cette conviction a du sens. Lupopo possède un effectif talentueux, un entraîneur émérite en la personne de Guy Bukasa, et une dynamique de play-offs qui pourrait tout emporter. Mais voilà, dans les faits, le chemin vers le titre Linafoot ressemble davantage à un chemin de crêtes qu’à une autoroute dégagée.
Des départs en mode diesel
C’est le chiffre qui tache : trois matchs, trois buts encaissés. Plus préoccupant encore, deux de ces réalisations adverses sont tombées avant même que le public n’ait eu le temps de s’installer. Face aux Aigles du Congo, puis contre Vita Club, les Lumpas ont offert des entames de match catastrophiques, comme si la concentration avait un abonnement intermittent. Pire, face au TP Mazembe, le but viendra juste après la pause, à la 52e minute. Lupopo met systématiquement une demi-période à se mettre dans le rythme. Avant cela, l’équipe donne l’impression de fonctionner en mode veille, laissant l’adversaire dicter sa loi. Or, dans des play-offs RDC où chaque erreur se paie cash, ce genre de retard à l’allumage est un luxe que l’on ne peut pas se permettre.
Mais pourquoi cette équipe, capable de séquences de maîtrise étincelantes, se complique-t-elle autant la vie en début de rencontre ? La réponse est peut-être à chercher du côté d’une défense qui oscille entre solidité et improvisation. Les penalties concédés récemment – contre les Aigles du Congo et Vita Club – traduisent une fébrilité chronique. La surface de réparation devient alors une zone d’expérimentation émotionnelle plutôt qu’un sanctuaire. Comme si Lupopo offrait généreusement la clé de son coffre avant de se rappeler qu’il faudrait peut-être la garder.
Le paradoxe Bukasa : jouer pour séduire, mais gagner pour régner
Et pourtant, que c’est frustrant. Sous la houlette de Guy Bukasa, Lupopo déploie par moments un football de haut vol. Contre Vita Club, la possession était longue, structurée, presque dominante. Les Lumumbistes faisaient tourner le ballon avec une aisance qui ressemblait à celle d’un prétendant sérieux au titre. Mais au bout du compte, un seul éclair adverse, une frappe de Mpiana Mozizi, et tout s’effondre. Bukasa lui-même résume avec une lucidité presque douloureuse : « Sur le terrain, il y avait une équipe. C’était nous, mais ils ont eu une occasion et Mozizi l’a mise dedans. »
Ce constat illustre le drame intérieur d’une équipe qui maîtrise l’art de bien jouer sans encore maîtriser l’art de gagner. On a vu contre Mazembe des duels d’une intensité folle, une réponse athlétique à la hauteur du mythe. Lupopo existe dans les temps forts, il peut regarder n’importe quel cador droit dans les yeux. Mais entre ces fulgurances et la constance, il reste une brèche, un vide que les play-offs impitoyables de Linafoot ne pardonnent pas.
Alors, comment expliquer cette schizophrénie ? Peut-être parce que Lupopo est encore une équipe en apprentissage. Les play-offs récompensent la régularité, cette science froide qui consiste à enchaîner les performances sans hoquet. Pour l’instant, les Lumpas alternent le champagne et le vinaigre. Et dans un championnat où les détails font basculer les destins, ces trous d’air coûtent déjà très cher.
La route vers le sacre est encore longue, mais le FC Saint-Éloi Lupopo joue avec le feu. S’il veut transformer son ambition en réalité, il devra apprendre à entamer ses matchs comme s’il jouait déjà la prolongation. Sinon, le rêve du titre pourrait s’évaporer avant même que l’équipe ait fini de chauffer. Le verdict est entre les mains de Guy Bukasa et de ses hommes, qui n’ont plus le droit à l’erreur. L’actualité Lupopo est à l’image de ces play-offs : brûlante, pleine de promesses, mais aussi d’embûches qu’il faudra vite déminer.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: footrdc.com
