L’ancien président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, se trouve depuis la mi-janvier 2026 dans une situation de détention secrète, sous la responsabilité du Conseil national de cyberdéfense (CNC), un service rattaché à la Présidence de la République. Son arrestation, intervenue à son domicile de Kinshasa par des hommes armés, marque le début d’une incarcération dont le lieu et les motifs demeurent occultés, soulevant de vives inquiétudes quant au respect des procédures légales et des droits fondamentaux en République démocratique du Congo.
Dans une correspondance adressée au coordonnateur du CNC, Jean-Claude Bukasa, l’épouse de l’homme politique, Daddie Minaku, a dénoncé avec force ce qu’elle qualifie d’« enlèvement » et de détention opaque. Elle alerte sur la dégradation physique de son époux, attribuée à un dispositif de remise des repas qu’elle juge dégradant. « Une telle organisation ne permet ni de garantir la qualité, ni la régularité de son alimentation, et ne répond pas aux exigences minimales de dignité et de sécurité », a-t-elle écrit, pointant du doigt un traitement contraire aux standards constitutionnels et internationaux.
Cette détention prolongée, qui dépasse désormais les quatre mois, s’inscrit dans un contexte plus large de vagues d’arrestations ciblant des figures politiques, souvent issues de l’opposition ou de l’ancien régime. Le Conseil national de cyberdéfense, créé par ordonnance présidentielle en 2023, est régulièrement mis en cause par des organisations de défense des droits humains pour ses méthodes. Un récent rapport du Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH) fait ainsi état de la détention, depuis janvier, de quarante-deux membres de partis politiques, certains étant retenus « dans de nombreux cachots clandestins gérés par le CNC ».
La situation d’Aubin Minaku, haut cadre du PPRD de l’ancien président Joseph Kabila, présente des caractéristiques particulièrement alarmantes. L’absence totale de communication officielle sur les charges pesant contre lui, combinée à la dissimulation de son lieu de détention, crée un vide juridique propice aux abus. Mme Minaku estime que cette opacité place son époux « de facto en dehors de la protection de la loi ». Elle avance même que les modalités de cette privation de liberté, « marquées par l’opacité, la dissimulation et l’absence de garanties », pourraient relever de la qualification de disparition forcée au regard du droit international.
Les appels à la clarification des dossiers et à la présentation des détenus devant leurs juges naturels, lancés par des organisations nationales et internationales, sont restés sans effet. Les familles des personnes arrêtées, dont celle d’Aubin Minaku, décrivent un profond sentiment d’impuissance face à des procédures qui semblent échapper à tout cadre légal établi. Comment un État qui se réclame de l’État de droit peut-il tolérer de telles pratiques ? La question, brûlante, hante les milieux juridiques et la société civile congolaise.
L’activisme du Conseil national de cyberdéfense coïncide avec une période de tension sécuritaire et politique en RDC, marquée par la guerre dans l’Est du pays. Certains analystes y voient un instrument de consolidation du pouvoir, utilisé pour réduire au silence des voix critiques ou perçues comme hostiles sous le couvert de la cyberdéfense et de la sécurité nationale. Cette instrumentalisation d’une structure spécialisée pour mener des actions à l’encontre d’opposants politiques pose un sérieux problème de fond quant à la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice.
Au-delà du cas individuel d’Aubin Minaku, c’est la crédibilité des institutions congolaises qui est en jeu. La détention secrète, pratique prohibée par le droit international, sape les bases de la confiance citoyenne et ternit l’image du pays. La prolongation de cette situation sans réponse judiciaire claire risque d’alimenter un cycle de défiance et de violence politique, alors que le pays a plus que jamais besoin d’apaisement et de respect des principes démocratiques.
L’épouse de l’ancien président de l’Assemblée a indiqué que sa démarche était guidée par le seul souci d’attirer l’attention sur les conditions de détention inhumaine de son mari. Elle espère une réponse « juste et conforme aux valeurs de la République ». Dans l’attente, la santé d’Aubin Minaku continue de se dégrader, selon les informations fournies par sa famille, et l’ombre du Conseil national de cyberdéfense plane sur une affaire qui interroge la trajectoire de l’État de droit en RDC.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
