En ce 15 avril, où le monde célèbre la puissance du geste créateur, une attention particulière se porte sur la République Démocratique du Congo, et plus singulièrement sur ses terres de l’Est. Le Ministère de la Culture, Arts et Patrimoine a choisi ce symbole, la Journée mondiale de l’art, pour adresser un message fort, non pas de simple commémoration, mais de reconnaissance profonde. Dans les sillons de cette communication officielle, résonne l’affirmation d’une vérité essentielle : l’art congolais est bien plus qu’un ornement ; il est le socle vibrant de la mémoire collective et le levier intime de l’expression d’une souveraineté culturelle longtemps contrariée.
Mais au-delà de l’hommage général, c’est une louange spécifique, teintée d’admiration et de respect, qui est décernée aux artistes des provinces de l’Est. Dans un contexte où le fracas des armes tente souvent d’étouffer le chant des pinceaux et le rythme des tambours, que signifie créer ? La réponse du ministère est limpide et puissante : c’est un acte de résistance. Une résilience exemplaire qui transforme l’atelier ou la scène en sanctuaire de la paix et en laboratoire de la cohésion nationale. Ces créateurs, par leur simple persistance à imaginer, à façonner, à danser, tissent patiemment les fils d’un récit commun, face à l’adversité.
« En cette journée particulière, nous rendons hommage à l’engagement de celles et ceux qui font de la culture une force vive », proclame le communiqué. La phrase, plus qu’une formule protocolaire, sonne comme un constat. Elle salue ces « créateurs qui, par leur génie, pérennisent nos savoir-faire ancestraux, portent l’excellence de notre pays au-delà des frontières et contribuent à la protection de notre patrimoine matériel et immatériel ». Un hommage qui, inévitablement, prend une résonance particulière en direction de l’Est. « Cet hommage s’étend également à nos artistes de l’Est qui, par leur résilience exemplaire, font de la création un acte de résistance en faveur de la paix et un puissant vecteur de cohésion nationale au cœur de l’adversité. » Les mots sont choisis : exemplaire, résistance, puissant. Ils dessinent le portrait d’une avant-garde culturelle qui, jour après jour, oppose la beauté au chaos, la narration au silence imposé.
Cet éloge public interroge. Que voit-on, en effet, lorsque l’on observe le paysage artistique de l’Est de la RDC ? On y découvre une effervescence qui refuse de se taire. Des plasticiens qui capturent les paysages meurtris et les espoirs tenaces sur leurs toiles. Des musiciens et danseurs dont les rythmes deviennent l’oxygène de communautés sous tension. Des conteurs et écrivains qui préservent la langue et les récits, ces patrimoines immatériels si précieux. Leur travail est un dialogue permanent avec la réalité la plus brute, qu’ils transmuent en œuvres d’une profonde humanité. Ils sont les gardiens d’une flamme, les architectes d’une identité qui refuse de se dissoudre dans les tourmentes.
Cet hommage national aux artistes de l’Est de la RDC n’est pas un point final, mais bien un engagement. Le ministère réaffirme sa volonté d’améliorer les conditions de vie et de travail de ces acteurs culturels indispensables, notamment par la concrétisation tant attendue de leur statut. Car soutenir la création artistique en RDC, c’est reconnaître qu’elle est une infrastructure critique de la nation. Une infrastructure qui soigne, qui rassemble, qui donne à rêver et à se projeter. En célébrant cette Journée mondiale de l’art sous le signe de la résilience orientale, la RDC pose un jalon. Elle affirme que son avenir se construit aussi avec les couleurs, les sons et les mots de ceux qui, dans l’ombre des conflits, continuent inlassablement d’allumer des lumières.
La résistance par l’art est-elle la plus puissante des diplomaties ? À voir la ferveur et le courage des artistes congolais de l’Est, célébrés en ce jour, la question mérite d’être posée. Leur œuvre, fragile et formidable, est un rappel que la culture n’est pas un luxe pour temps de paix, mais une nécessité vitale pour traverser l’épreuve et renaître. Le ministère, par ses mots, a su pointer cette évidence. Reste maintenant à accompagner ce verbe d’actes concrets, pour que cet hommage se transforme en un véritable terreau où la création congolaise, de l’Est à l’Ouest, puisse s’épanouir pleinement et continuer d’édifier la nation.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
