« Ça fait près de six ans que je balaie sur les artères. J’ai demandé la parole pour exprimer nos inquiétudes, mais ils ont refusé. Je réclame mon argent pour tous les mois prestés. » Le visage fermé, les mains calleuses serrées sur son balai, cette femme incarne la colère silencieuse qui gronde depuis une semaine à Mbuji-Mayi. Comme des centaines d’autres, elle a suspendu son travail, épuisée par neuf longs mois sans voir la couleur de ses primes. Un mouvement de grève qui paralyse l’assainissement de la ville et met en lumière une crise sociale profonde.
Elles sont les invisibles, ces femmes balayeuses de Mbuji-Mayi, chargées de l’entretien des grandes avenues asphaltées et de l’accueil à l’aéroport de Bipemba. Leur travail est pourtant crucial : elles sont le premier visage de la propreté et de l’hospitalité de la capitale du Kasaï-Oriental. Aujourd’hui, ce visage est marqué par l’amertume. Leur mouvement de protestation, né d’un sentiment d’abandon, s’est radicalisé après une tentative infructueuse de dialogue lors d’une cérémonie officielle. En présence du vice-gouverneur et du maire de la ville, une porte-parole s’est vue refuser la parole. Un silence symbolique qui a achevé de convaincre les travailleuses que leurs voix ne comptaient pas.
Depuis, chaque jour, elles se rassemblent sur le boulevard Laurent-Désiré Kabila, devant le siège de leur ONG de tutelle, SAF Célé. Leurs pancartes, faites de carton et de morceaux de bois, dénoncent les arriérés de primes balayeuses. « Comment voulez-vous que nous nourrissions nos enfants ? Comment payons-nous le loyer ou les frais scolaires ? », interroge l’une d’elles, sous le regard compatissant mais impuissant des passants. Cette grève assainissement RDC n’est pas qu’un simple arrêt de travail ; c’est le cri de détresse de femmes souvent chefs de famille, premières victimes de la précarité.
La situation est d’autant plus explosive que les responsabilités semblent se diluer dans un jeu de renvois bureaucratiques. La mairie, les services provinciaux et les structures sous-traitantes comme SAF Célé s’accusent mutuellement, créant un conflit mairie travailleuses où le seul perdant certain est le travailleur. « On nous dit que l’argent est bloqué quelque part, qu’il faut patienter. Patienter depuis neuf mois ? », s’insurge une autre balayeuse, le regard fatigué. Ce flou artistique autour du paiement des primes entretient un climat de défiance et de frustration, minant toute tentative de résolution rapide.
Quels sont les véritables enjeux derrière cette femmes balayeuses protestation ? Au-delà de la question salariale, c’est la reconnaissance d’un métier essentiel qui est en jeu. Ces femmes, souvent recrutées via des programmes d’insertion ou des ONG, travaillent sans contrat stable, sans protection sociale réelle. Leur lutte met en lumière la fragilité de l’emploi informel dans le secteur de l’assainissement en RDC. Leur travail, bien que vital pour l’image et la santé publique de la ville, reste perçu comme une corvée plutôt que comme une profession à part entière.
La ville de Mbuji-Mayi commence déjà à ressentir les effets de cette grève. Les artères principales, habituellement impeccablement entretenues, se couvrent peu à peu de détritus. À l’aéroport, l’absence des hôtesses d’accueil est remarquée. Cette situation pose une question cruciale : une ville peut-elle fonctionner sans celles qui la nettoient chaque jour ? Leur action collective force les autorités à regarder en face une réalité économique et sociale souvent occultée.
Que faut-il attendre des prochains jours ? Les balayeuses Mbuji-Mayi ont fait savoir qu’elles ne reprendraient pas le travail sans des garanties concrètes. Leur détermination semble inébranlable. Leurs revendications sont claires : le paiement immédiat des neuf mois d’arriérés et la mise en place d’un mécanisme transparent pour éviter que cette situation ne se reproduise. Leur mouvement, pacifique mais ferme, interpelle la conscience collective sur la valeur du travail et la dignité due à chaque travailleur, quel que soit son poste.
Cette crise est un test pour les institutions locales. Sauront-elles écouter la colère légitime de ces femmes et trouver une solution durable, ou laisseront-elles pourrir une situation qui affecte déjà le quotidien de tous les habitants ? L’assainissement RDC dépend souvent de ces mains invisibles. Leur grève est un rappel puissant : la propreté d’une ville ne tient pas seulement à ses infrastructures, mais au respect et à la considération accordés à celles qui la servent. Le compte à rebours est enclenché, et toute la ville retient son souffle en attendant une issue à ce conflit qui dépasse le simple cadre salarial pour toucher à la justice sociale.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
