La justice congolaise, à travers le tribunal de grande instance de Kinshasa/Kinkole, a rendu son verdict dans l’affaire de maltraitance sur une patiente lors d’un accouchement, condamnant le Docteur David Balanganayi à deux mois de servitude pénale assortis d’un sursis d’une année. Cette décision, intervenue le 3 avril 2026, a suscité des réactions au plus haut niveau de l’État, notamment celle de la députée nationale Cathy Sakombi Moleka, qui a publiquement exprimé son exigence d’une justice à la hauteur des enjeux.
Dans une déclaration transmise à la presse, l’élue de Budjala dans la province du Sud-Ubangi a catégoriquement refusé que cette affaire judiciaire RDC soit minimisée ou réduite à un simple fait divers. « En ma qualité de Députée nationale, mais aussi en tant que femme et mère, je ne peux rester silencieuse devant une affaire qui a profondément choqué tant notre peuple que l’opinion publique au-delà de nos frontières, parce qu’elle touche à la dignité de la femme congolaise, à la protection de la mère et au respect dû à la vie humaine », a-t-elle affirmé, donnant ainsi une dimension nationale et éthique à ce contentieux.
La députée a invoqué avec force les articles 14, 15 et 16 de la Constitution de la République Démocratique du Congo, qui imposent selon elle à l’État l’obligation de combattre les violences faites aux femmes et de garantir le respect de la personne humaine. « Cette affaire ne peut donc être banalisée, encore moins transformée en simple épisode médiatique », a-t-elle martelé, insistant sur le caractère fondamental des principes en jeu. Pour Cathy Sakombi Moleka, le dossier David Balanganayi transcende l’incident isolé pour interroger l’effectivité des garanties constitutionnelles accordées aux femmes.
Son intervention s’est notamment focalisée sur le fondement juridique de la décision, à savoir l’état de nécessité retenu par les juges. La députée a exprimé un rejet ferme de toute tentative de justification qui ne reposerait pas sur un danger réel et immédiat. « Comme femme, comme mère et comme élue de la Nation, je refuse que la souffrance d’une Congolaise violentée soit transformée en spectacle. La dignité des femmes, le respect des mères congolaises, la sérénité de la justice et l’honneur des institutions exigent une seule chose : la vérité », a-t-elle déclaré. Elle a ensuite précisé sa pensée en exigeant que « l’état de nécessité évoqué par les juges ne soit appliqué que dans la stricte condition d’un danger réel, actuel ou imminent, et non hypothétique, comme ce fut le cas dans l’affaire Dr David Balanganayi ». Cette prise de position constitue une interpellation directe de l’appareil judiciaire sur la rigueur de son raisonnement.
Au-delà du verdict lui-même, la déclaration de l’élue a mis en lumière un autre volet, potentiellement plus explosif, de cette affaire judiciaire. En effet, Cathy Sakombi Moleka a exigé que des clarifications complètes soient apportées concernant les allégations formulées par le médecin condamné après sa libération. Dans une vidéo devenue virale, le Dr Balanganayi avait affirmé avoir reçu, durant sa détention, un message émanant du « sommet de l’État » lui enjoignant de se calmer et le rassurant sur son sort.
Face à ces déclarations, la réaction de la députée a été sans équivoque. Elle a lancé une mise en demeure publique au docteur, lui opposant une alternative tranchée : soit il est en mesure d’étayer ses affirmations par des preuves, ce qui nécessiterait alors des éclaircissements institutionnels majeurs au regard des articles 149, 150 et 151 de la Constitution garantissant l’indépendance du pouvoir judiciaire ; soit il ne peut les prouver, et devra en assumer l’entière responsabilité pour avoir mêlé le nom du chef de l’État à une procédure judiciaire sensible. Cathy Sakombi Moleka n’a pas exclu que de telles allégations non vérifiées puissent faire l’objet de poursuites pénales pour diffusion de fausses nouvelles ou offense envers la personne du Chef de l’État.
Dans son argumentation, la députée a pris soin de contextualiser son propos en rappelant les engagements publics du président Félix Tshisekedi, désigné « champion de la Masculinité Positive » par l’Union africaine et défenseur affiché de l’indépendance judiciaire. Elle a ainsi souligné que le nom du chef de l’État « ne peut être utilisé à la légère dans une séquence de confusion ou de diversion », invitant implicitement à une extrême prudence dans les accusations qui pourraient entacher l’image des institutions.
L’affaire du Docteur David Balanganayi, à travers la réaction vigoureuse de Cathy Sakombi Moleka, dépasse donc le simple cadre d’une condamnation pénale pour maltraitance patiente accouchement. Elle pose des questions fondamentales sur la protection effective des femmes contre les violences en RDC, sur l’interprétation et l’application stricte des concepts juridiques comme l’état de nécessité, et enfin sur les limites de la parole dans le débat public lorsque les plus hautes sphères de l’État sont évoquées. Le tribunal de grande instance de Kinshasa/Kinkole a certes rendu sa décision, mais les échos qu’elle provoque au Parlement suggèrent que le dossier judiciaire pourrait avoir des prolongements politiques et institutionnels. La balle est désormais dans le camp de la justice pour démontrer, dans la transparence, qu’elle reste sourde à toute influence, et dans celui du docteur Balanganayi pour prouver ses dires ou s’en rétracter. L’honneur de la justice congolaise et la confiance des citoyens dans leurs institutions en dépendent.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
