Dans les sentiers poussiéreux d’Ekengya, à des dizaines de kilomètres de Fizi centre, Angela Mauwa Ndone pile une poignée de maïs, le seul repas du jour pour ses huit enfants. « Je ne sais où trouver l’autre quantité pour demain », confie-t-elle, le regard perdu vers les montagnes d’où elle a fui les combats. Son histoire n’est pas un cas isolé, mais le reflet de la détresse de près de deux mille déplacés internes Fizi qui survivent dans ce seul village, privés du minimum vital. Cette situation alarmante illustre l’ampleur de la crise humanitaire Sud-Kivu qui s’enfonce un peu plus chaque jour.
À quoi ressemble la vie lorsque tout ce que l’on possède tient dans le souvenir d’un foyer perdu ? Pour ces milliers de familles ayant fui les affrontements entre les forces gouvernementales et les rebelles de l’AFC/M23 RDC, la réponse est cruelle : une lutte quotidienne pour un verre d’eau, un morceau de nourriture et un abri précaire. Sur instruction des groupes armés wazalendo, aucun site de déplacés n’est érigé, contraignant les fugitifs à se réfugier dans des familles d’accueil déjà vulnérables. « Ils n’ont pas accès à l’eau potable, ni aux soins de santé », alerte Malyani Makambe, chef du village Ekengya, décrivant des conditions de vie déplacés qui frisent l’inhumain.
L’impossibilité de payer les factures médicales, souvent exorbitantes, plonge ces populations dans un cercle vicieux de maladie et de pauvreté. Comment envisager l’avenir lorsque le présent est un combat pour la survie ? Les enfants, comme ceux d’Angela, ne vont plus à l’école et errent dans le village, leur avenir volé par la guerre. La psychose est un autre fléau : chaque détonation venue des montagnes de Mitumba ou de Point Zéro fait craindre une avancée des combats, maintenant la communauté dans un état de peur permanent. « À chaque combat, la psychose règne », témoigne Maurice Musema, un habitant, soulignant l’instabilité chronique qui définit leur existence.
Face à cette urgence, la réponse humanitaire semble dépassée par l’ampleur des besoins. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) tente d’apporter une lueur d’espoir, mais peut-il seul contenir une crise d’une telle complexité ? La crise humanitaire Sud-Kivu nécessite une intervention coordonnée et massive. La communauté des déplacés lance un appel pressant au gouvernement congolaise et à ses partenaires. « Je sollicite une assistance », implore Angela, une prière qui résonne dans la bouche de milliers d’autres. Maurice Musema, quant à lui, appelle à une solution politique et militaire durable : la fin de la guerre est, selon lui, la seule issue pour stopper les déplacements intempestifs de population.
Cette tragédie silencieuse à Fizi pose une question fondamentale sur la valeur de la vie humaine en temps de conflit. Des enfants non scolarisés, parfois touchés par la malnutrition, et des adultes hantés par l’incertitude du lendemain, voilà le visage brut d’une crise oubliée. L’aide humanitaire RDC est-elle à la hauteur des défis ? Les autorités congolaises parviendront-elles à rétablir la sécurité et à permettre le retour des déplacés dans leurs foyers ? En attendant, dans les collines du Sud-Kivu, des milliers de personnes continuent de vivre au jour le jour, leur résilience mise à l’épreuve par un conflit qui semble sans fin. Leur sort dépendra de la capacité collective à prioriser l’humain au cœur des stratégies de paix et de l’aide humanitaire RDC.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
