Le village stratégique de « Point zéro », verrou sécuritaire clé des hauts plateaux de la RDC, est passé sous le contrôle total des combattants Twirwaneho dans la matinée du vendredi 16 janvier 2026. Cette capture intervient après deux jours d’âpres combats contre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), épaulées par les milices d’autodéfense wazalendo. La chute de cette position ouvre-t-elle la voie à une expansion de l’insécurité dans toute la région du Tanganyika ?
Les affrontements ont débuté avec intensité dès le jeudi 15 janvier dans la localité de Tuwetuwe, à environ 15 kilomètres du site de déplacés de Mikenge, dans le secteur d’Itombwe. Les forces Twirwaneho, alliées notoires de la rébellion de l’AFC/M23, ont réussi à repousser progressivement les unités des FARDC. Leur avancée inexorable les a menées aux abords du village Point zéro après une nuit de tensions extrêmes.
Selon plusieurs sources concordantes dans la zone, l’assaut final a été lancé aux alentours de 5 heures ce vendredi matin. Sous une pression incessante, les militaires réguliers ont été contraints d’opérer un repli tactique vers le village de Mulima, situé dans le groupement de Basiloca. « Nous avons été attaqués depuis l’aube, et à 9 heures, tous les militaires FARDC ont quitté le front. Nous nous sommes retrouvés seuls. L’ennemi a occupé le village vers 10 heures », a confié une source sécuritaire sous couvert d’anonymat. Ce témoignage illustre la violence des combats qui ont secoué Mwenga et Fizi.
Le village Point zéro n’est pas un simple point géographique. Construit en 2018 par des déplacés internes fuyant les conflits communautaires récurrents, il symbolise la précarité des populations civiles prises en étau dans ce conflit des hauts plateaux. Situé à l’intersection de la route Mwenga-Mikenge et du tronçon Minembwe, sa valeur stratégique est cruciale. Sa perte représente un revers significatif pour l’armée congolaise dans cette zone.
Les conséquences humanitaires sont immédiates et dramatiques. Suite à l’occupation par les rebelles, les familles déplacées qui y avaient trouvé refuge ont dû fuir à nouveau, sous des pluies diluviennes. Elles se dirigent vers les villages de Bilende, Kanguli, Nakiele, Mulima et Lusuku. Ces populations se retrouvent dans une situation extrêmement précaire, dépourvues de toute assistance après avoir tout abandonné dans la panique. Le conflit dans les hauts plateaux de la RDC génère ainsi un cycle infernal de déplacement et de souffrance.
Sur le plan militaire, la chute du village Point zéro ouvre une brèche inquiétante. Ce dernier verrou des FARDC contrôlait l’accès à l’axe Mulima-Mukera, direction Fizi-centre. Désormais, la voie semble libre pour les combattants Twirwaneho. Ils pourraient facilement progresser vers la province du Tanganyika via Misisi, contournant ainsi la ville de Baraka. Cette manœuvre potentielle pose une sérieuse menace pour la stabilité d’une région déjà fragile.
Les affrontements à Mwenga et Fizi soulèvent des questions pressantes sur la capacité à contenir l’avancée de ces groupes armés. Les FARDC, malgré le soutien des wazalendo, ont dû céder du terrain. Cette dynamique remet-elle en cause la stratégie sécuritaire dans l’Est du pays ? La communauté locale observe, impuissante, la reconfiguration des lignes de front. L’épisode du village Point zéro s’inscrit dans une longue série d’escarmouches qui déchirent les territoires de Fizi, Mwenga et Uvira.
Les autorités n’ont pas encore officiellement commenté ce revers sur le terrain. En attendant, la priorité absolue reste la protection des civils et l’assistance aux milliers de nouveaux déplacés. La situation sécuritaire dans les hauts plateaux demeure volatile et imprévisible. La prise de Point zéro par les Twirwaneho marque probablement un tournant dans ce conflit local, avec des répercussions qui pourraient s’étendre bien au-delà de la chaîne de Mitumba.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
