La zone de santé d’Itombwe, dans le territoire de Mwenga au Sud-Kivu, est en alerte face à une flambée inquiétante de choléra. En l’espace de deux semaines seulement, 15 personnes ont succombé à la maladie sur un total de 64 cas enregistrés, selon les données fournies par les autorités sanitaires locales. Ce bilan lourd soulève des questions urgentes sur la capacité de réponse dans cette région reculée et instable.
Le docteur Namegabe Barume Peter, médecin chef de zone d’Itombwe, tire la sonnette d’alarme. Il confirme une recrudescence significative de l’épidémie, qui a déjà touché deux aires de santé sur les 18 que compte la zone. L’épicentre identifié se situe dans le village de Kabuga, où le premier cas a été isolé. « Nous sommes déjà à 64 cas de contamination sous traitement dans les structures et avons malheureusement déjà enregistré 15 cas de décès », déplore-t-il, mettant en lumière le taux de létalité alarmant de cette flambée.
Mais qu’est-ce que le choléra et pourquoi est-il si dangereux, notamment dans un contexte comme celui d’Itombwe ? Il s’agit d’une infection diarrhéique aiguë provoquée par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés par la bactérie Vibrio cholerae. La maladie peut tuer en quelques heures en l’absence de traitement, principalement à cause d’une déshydratation sévère. Dans des zones où l’accès à l’eau potable est limité et les systèmes d’assainissement précaires, comme c’est souvent le cas dans les régions en crise, le choléra trouve un terrain propice à sa propagation rapide.
Face à cette urgence, le Dr Namegabe lance un appel pressant à la solidarité. « Nous sollicitons l’implication de tous les partenaires nationaux et internationaux. Nous avons besoin d’un appui en médicaments, en logistique, de soutien financier et de formation pour nos prestataires de soins », plaide-t-il. Cet appel aux partenaires est crucial pour endiguer l’épidémie de choléra à Itombwe et éviter qu’elle ne s’étende à d’autres aires de santé de Mwenga, voire au-delà dans le Sud-Kivu.
Au-delà de l’aide externe, la prévention reste l’arme la plus efficace. Le médecin chef de zone insiste sur le respect des normes hygiéniques par les communautés. « Nous sollicitons d’observer les mesures d’hygiène, de renforcer la communication et la sensibilisation, et de ne pas tarder à informer les prestataires des soins de tout cas suspect », explique-t-il. Des gestes simples, comme le lavage régulier des mains avec du savon et l’utilisation d’eau traitée, peuvent briser la chaîne de transmission de cette maladie hydrique.
La situation est d’autant plus complexe que la zone d’Itombwe, située dans les hauteurs de Mwenga, est le théâtre de tensions et d’affrontements récurrents entre groupes armés. Cette instabilité chronique entraîne des déplacements massifs et permanents de populations. Les familles déplacées se retrouvent souvent entassées dans des sites de fortune, où la promiscuité, le manque d’infrastructures sanitaires et la difficulté d’accéder à l’eau propre créent un cocktail explosif favorisant la propagation d’épidémies comme le choléra. Cette crise sanitaire à Itombwe est ainsi une tragique illustration de l’intersection entre conflit, déplacement humanitaire et santé publique.
La réponse à cette épidémie de choléra dans le Sud-Kivu doit donc être rapide et multidimensionnelle. Elle nécessite non seulement un renforcement des capacités médicales sur le terrain pour traiter les cas et réduire la mortalité, mais aussi une action concertée pour améliorer l’accès à l’eau, l’hygiène et l’assainissement (WASH) dans les communautés et les sites de déplacés. La sensibilisation active des populations aux gestes barrières contre le choléra est tout aussi vitale. Sans une intervention robuste et coordonnée, cette flambée localisée risque de se transformer en une crise sanitaire de plus grande ampleur, dans une région déjà extrêmement vulnérable.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
