La fumée âcre enveloppe encore Mambasa ce matin du 13 décembre, mêlant aux cendres tièdes l’odeur du bois calciné et du désespoir. Assise sur un tas de décombres fumants, Kavira*, les yeux rougis, contemple ce qui fut son commerce de vivres. « Tout est parti en fumée : le poisson salé, les haricots, les vêtements que je devais vendre pour les fêtes. Ma vie est là, par terre », murmure-t-elle, incapable de retenir ses larmes. Comme une cinquantaine d’autres commerçants du centre commercial de cette localité de l’Ituri, elle a tout perdu dans un incendie dévastateur qui a également coûté la vie à une personne dans la nuit de vendredi à samedi.
Le drame a commencé aux alentours d’une heure du matin. Selon plusieurs témoignages concordants recueillis sur place, les premières flammes sont parties de l’Hôtel Pygmées avant de se propager avec une rapidité effrayante aux autres bâtiments de la concession. Le centre commercial de Mambasa, véritable poumon économique du territoire, constitué majoritairement de structures en bois, n’a pas résisté. Boutiques, restaurants, dépôts de vivres et même des habitations ont été engloutis par le brasier. Comment un feu peut-il ainsi réduire à néant les moyens de subsistance de toute une communauté en quelques heures seulement ?
Face à l’ampleur des flammes, la population, pourtant accourue en masse, s’est sentie totalement impuissante. Le récit des événements est accablant. « Nous avons donné l’alerte, mais il n’y a aucun moyen de lutte contre les incendies ici. Aucune caserne de pompiers, pas même un simple camion-citerne », dénonce un jeune habitant, encore sous le choc. Les alertes n’ont, semble-t-il, circulé largement que plus de deux heures après le début du sinistre, alors que les dégâts étaient déjà considérables. Ce retard a-t-il scellé le sort des biens et aggravé la tragédie ? La question hante désormais les esprits.
Il a fallu attendre les premières lueurs de l’aube pour qu’un semblant d’action soit entrepris. Un engin de réhabilitation des routes a finalement été réquisitionné non pour éteindre, mais pour tenter de circonscrire. En démolissant certaines structures, l’objectif était d’empêcher la propagation du feu vers le marché central surnommé « Zala na Mbango ». Une stratégie de dernier recours qui illustre cruellement le dénuement face aux catastrophes. Au petit matin, Mambasa, à environ 165 kilomètres au sud-ouest de Bunia, s’est réveillée paralysée, son activité économique anéantie, plongée dans un silence de stupeur.
Au-delà du choc et du deuil, c’est une crise sociale et économique qui se profile. Les denrées destinées aux fêtes de fin d’année, précieuses épargnes de nombreux commerçants, ont été réduites en cendres. Cette tragédie met en lumière une vulnérabilité criante que partagent de nombreuses agglomérations congolaises en dehors des grandes villes. L’absence d’infrastructures de sécurité civile de base transforme tout départ de feu en potentielle catastrophe. Les victimes de cet incendie à Mambasa, dans la province de l’Ituri, interpellent aujourd’hui les autorités : jusqu’à quand devront-ils vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de leur tête ?
Les autorités locales ont annoncé l’ouverture d’une enquête pour déterminer les causes exactes de ce terrible incendie du centre commercial. Si l’origine reste pour l’heure inconnue, les conséquences, elles, sont déjà une terrible réalité. Ce drame rappelle amèrement que le développement ne se mesure pas seulement aux grands chantiers, mais aussi à la capacité d’une communauté à protéger ses membres et leurs biens contre les risques quotidiens. Alors que la RDC est régulièrement frappée par des incendies aux conséquences dramatiques, comme celui du shopping center de Mambasa, la mise en place de politiques locales de prévention et de moyens de secours adaptés devient une question de survie économique et de dignité humaine. Le chemin de la reconstruction, pour les commerçants de Mambasa, s’annonce long et difficile, mais il devra passer par la garantie que de telles tragédies ne se répèteront pas.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
