Le grondement des eaux a tout emporté sur son passage. Jeudi dernier, vers 16 heures, le ciel s’est déchiré au-dessus de Rutobogo, petit village perché à deux kilomètres de Sake, dans le territoire de Masisi. En moins d’une heure, la vie paisible de cette communauté paysanne a basculé dans le chaos. Une pluie diluvienne d’une violence rare s’est abattue sur la région, transformant les ruisseaux en torrents dévastateurs et les chemins en coulées de boue meurtrières.
« Je revenais du champ quand j’ai vu le mur d’eau dévaler la colline », raconte un habitant encore sous le choc, préférant garder l’anonymat. « En quelques secondes, tout est devenu noir, boueux. Les gens criaient, couraient dans tous les sens. C’était l’enfer. » Ce témoignage poignant illustre la terreur qui s’est emparée de Rutobogo lors de cette catastrophe naturelle au Nord-Kivu.
Le bilan est lourd : une femme a perdu la vie, emportée par les flots alors qu’elle regagnait son domicile. Son corps n’a été retrouvé que plusieurs heures plus tard, en aval, portant le deuil dans cette communauté déjà éprouvée. Quatre autres personnes ont été blessées, dont une autre femme sauvée in extremis des coulées boueuses mais gravement blessée. Deux motards et leurs clients, surpris par la soudaineté des inondations à Masisi, ont miraculeusement survécu avec des blessures, tandis que leurs motos étaient englouties par les eaux tumultueuses.
Comment une simple averse peut-elle transformer la vie d’un village entier ? La réponse se niche peut-être dans l’état des infrastructures locales. Les caniveaux bouchés, l’absence de système d’évacuation des eaux adéquat, la déforestation… autant de facteurs qui ont amplifié la violence de cette pluie diluvienne au Nord-Kivu. Le chef de la notabilité locale lance un appel pressant : « Il faut réhabiliter urgemment nos caniveaux pour éviter que de telles tragédies ne se reproduisent. »
Aujourd’hui, la situation s’est normalisée, mais les stigmates de la catastrophe demeurent. Les champs de culture, source de subsistance pour de nombreuses familles, sont recouverts d’une épaisse couche de boue. Quelques maisons inondées portent encore les marques des eaux déchaînées. Le bétail, autre richesse de cette communauté rurale, a également payé un lourd tribut, avec plusieurs têtes emportées par les flots.
Cette tragédie à Rutobogo pose une question plus large : jusqu’à quand les communautés rurales de la RDC devront-elles faire face seules aux caprices de la nature ? Les intempéries en RDC deviennent-elles plus violentes avec le changement climatique ? Les victimes des intempéries en RDC méritent-elles une meilleure protection ?
Les coulées de boue à Rutobogo nous rappellent cruellement la vulnérabilité des populations face aux éléments déchaînés. Alors que la saison des pluies s’installe dans la région, cette catastrophe naturelle au Nord-Kivu sert de signal d’alarme pour toutes les communautés similaires. La solidarité nationale et l’action des autorités deviennent plus que jamais nécessaires pour prévenir de nouveaux drames et accompagner les sinistrés dans la reconstruction de leurs vies.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
