Dans un climat de tensions sociales persistantes, le Gouvernement provincial de Kinshasa vient d’esquiver de justesse une paralysie complète de l’administration urbaine. L’accord in extremis conclu samedi dernier entre l’exécutif du gouverneur Daniel Bumba Lubaki et l’Intersyndicale publique urbaine marque-t-il une véritable trêve sociale ou simplement un répit précaire devant l’échéance électorale ?
La réunion paritaire, présidée par le vice-gouverneur Eddy Iyeli Molangi en l’absence du gouverneur en mission en France, a permis de désamorcer temporairement la bombe sociale que représentait le préavis de grève déposé le 26 août dernier. Les syndicats exigeaient initialement l’apurement intégral de huit mois d’arriérés pour le personnel administratif, sept mois pour le personnel politique et neuf mois pour le cabinet du gouverneur.
Le compromis obtenu – trois mois d’arriérés payés à partir du 20 septembre – apparaît comme une victoire à la Pyrrhus pour les deux parties. Pour l’exécutif provincial, il s’agit d’un gain de temps face à une trésorerie exsangue. Pour les syndicats, cet accord partiel constitue un aveu implicite de la incapacité structurelle de la province à honorer ses engagements salariaux.
La méfiance historique des organisations syndicales envers les promesses gouvernementales trouve ici une nouvelle illustration. David Delord Luyeye Ngongite, président de l’Intersyndicale, ne s’y est d’ailleurs pas trompé en rappelant que « l’Exécutif provincial a toujours exécuté partiellement ses engagements ». Cette défiance institutionnalisée explique la position catégorique initiale des syndicats, exigeant cinq mois de paiement avant le 10 septembre sous peine de déclencher une grève « radicale et sauvage ».
Au-delà des simples questions salariales, cette crise révèle les dysfonctionnements chroniques de la gestion publique kinoise. Les problèmes structurels de fonctionnement de l’administration, évoqués lors des négociations, pointent du doigt une gouvernance provinciales en difficulté. La mort du chef de Division des Affaires coutumières, Bavon Mafuta, ajoute une dimension tragique à ce tableau déjà sombre.
L’accord du 6 septembre ouvre cependant une fenêtre d’opportunité pour repenser le cadre de concertation sociale. La mise en place d’un dialogue structuré entre l’exécutif et les syndicats pourrait prévenir de futures crises. Mais le gouvernement provincial parviendra-t-il à transformer cet essai ? Rien n’est moins sûr au regard des antécédents.
La balle est désormais dans le camp de l’exécutif provincial. Le respect des engagements pris conditionnera non seulement la paix sociale dans l’administration kinoise, mais aussi la crédibilité politique du gouverneur Bumba Lubaki. L’échéance du 21 septembre, date butoir fixée par les syndicats pour le déclenchement d’une grève généralisée en cas de manquement, plane comme une épée de Damoclès sur l’administration urbaine.
Cette séquence négociée illustre les difficultés récurrentes de gestion des finances publiques provinciales et la fragilité du dialogue social en RDC. Elle questionne surtout la capacité des autorités à transformer les promesses en réalités tangibles pour des fonctionnaires souvent contraints de travailler dans des conditions socio-économiques précaires.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
