Des sacs de riz s’empilent près des matelas usés tandis qu’une mère tente de calmer son enfant fiévreux. Au Stade Tata Raphaël, devenu refuge improvisé, la précarité a remplacé les ovations sportives. « Nous dormons à même le béton depuis deux mois », confie Jeanne, 34 ans, les yeux rivés sur les officiels qui pénètrent dans l’enceinte. Ce jeudi, le gouverneur de Kinshasa Daniel Bumba et l’ambassadeur émirati Anwar Othman Barout Al Baroudi ont arpenté ces lieux où s’entassent les victimes des terribles inondations d’avril.
La scène est lourde de symboles : sous un soleil implacable, le diplomate remet personnellement des tonnes de vivres aux familles démunies. Farine, huile, et denrées essentielles forment une montagne d’espoir face au désastre. « Cette aide humanitaire témoigne de la solidarité indéfectible entre nos nations », déclare Bumba, serrant chaleureusement la main du représentant des Émirats arabes unis. Dans cette crise des inondations à Kinshasa, ce geste international résonne comme un baume sur des plaies encore vives.
Mais au-delà de l’urgence alimentaire, quelle solution pérenne pour ces milliers de sinistrés ? Le gouverneur apporte une annonce capitale : « Dans les prochains jours, vous quitterez ces sites d’accueil ». Cette promesse de relogement des victimes en RDC s’accompagne d’un avertissement sans équivoque : interdiction de réoccuper les zones inondables. Une position ferme qui soulève pourtant des questions. Combien de familles congolaises ont-elles réellement d’autres options quand l’habitat informel reste leur seul recours ?
L’espoir vient du sommet de l’État. Sur instruction personnelle du président Tshisekedi, les gouvernements national et provincial débloqueront un soutien financier pour installer ces déplacés dans « des milieux plus sûrs ». Si l’initiative est saluée, elle laisse en suspens des interrogations cruciales. Quels mécanismes garantiront la transparence de cette aide au relogement ? Comment prévenir la répétition de ces drames saisonniers qui frappent systématiquement les plus vulnérables ?
Les inondations à Kinshasa ne sont pourtant pas une fatalité. Elles révèlent l’urgence d’une politique urbaine intégrant drainage efficace et contrôle de l’occupation des plaines inondables. Alors que Daniel Bumba salue « l’amitié solide » des partenaires émiratis, cette visite conjointe souligne un paradoxe criant : la capitale congolaise dépend encore trop de la solidarité internationale pour gérer ses crises récurrentes. Le chemin vers la résilience s’annonce long, mais chaque sac de riz distribué et chaque promesse de relogement offrent une lueur dans l’obscurité des bidons-villes engloutis.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
