Dans le groupement Tseré, à quelques kilomètres de Bunia, Jeanne, mère de cinq enfants, éteignait systématiquement sa lampe dès 20 heures. « L’électricité coûtait plus cher que notre nourriture quotidienne », confie-t-elle, les mains calleuses serrées sur son reçu de paiement. Cette réalité cruelle, partagée par des milliers d’habitants, a finalement trouvé un début de solution mercredi 6 août. Après d’âpres négociations, les autorités coutumières de Bahema d’Irumu et la société Greentech Energy ont scellé un accord historique qui pourrait transformer le quotidien des populations locales.
Au cœur des discussions : la centrale électrique implantée à Tseré, dont les tarifs provoquaient un ras-le-bol croissant. « Combien de familles ont dû renoncer à l’éclairage pour privilégier le repas du soir ? », s’interroge un notable sous couvert d’anonymat. Le nouvel accord électricité Bunia prévoit une baisse substantielle des coûts pour les riverains, une mesure concrète réclamée depuis des mois dans les cahiers de doléances. Pour Alliance Kingudi, porte-parole de Greentech Energy Ituri, cette décision marque « une nouvelle ère de collaboration » avec les communautés hôtes.
Mais l’entente va bien au-delà des simples tarifs électricité RDC. Elle inclut la construction d’écoles primaires, un projet vital d’adduction d’eau potable et plusieurs autres initiatives communautaires. « Ces projets communautaires Ituri répondent à des besoins essentiels négligés trop longtemps », souligne le chef de la chefferie Bahema d’Irumu, visiblement soulagé. Les engagements écrits formalisent enfin des promesses verbales qui traînaient depuis la mise en service de la centrale.
Pourtant, le chemin fut semé d’embûches. Durant des mois, les réunions tournaient court, les doléances des populations restant lettre morte. « On nous parlait de développement, mais nous ne voyions que des factures impayables », témoigne un jeune entrepreneur de Tseré. La pression constante des notables, soutenus par une population exaspérée, a fini par faire bouger les lignes. Greentech Energy reconnaît d’ailleurs avoir « sous-estimé l’urgence sociale » dans ses premiers plans d’investissement.
Derrière cette réconciliation se cache un enjeu plus vaste : le modèle de cohabitation entre industries extractives et communautés en RDC. À quand une généralisation de tels mécanismes de concertation ? Les projets annoncés – s’ils se concrétisent – pourraient servir de référence. L’eau courante et des salles de classe modernes changeraient le destin d’une génération, tandis qu’un courant abordable relancerait des micro-entreprises étouffées.
Reste maintenant l’épreuve du terrain. Comme le murmure un vieux sage de Bahema : « Les arbres ne poussent pas avec des promesses, mais avec de l’eau et du temps ». L’Ituri retiendra son souffle jusqu’à la première pierre des écoles et la vraie baisse sur les prochaines factures. Un espoir fragile, mais bien réel, pour des populations trop souvent oubliées dans l’équation du développement national.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
