« Avant, c’était le parcours du combattant. Maintenant, on respire un peu. » Les mots de cette vendeuse de légumes, rencontrée au bord de la route terreuse de Kimwenza, résument le soulagement palpable qui traverse la commune de Mont-Ngafula. L’avancée significative des travaux Mont-Ngafula sur cet axe vital redonne, jour après jour, un visage humain à un quartier longtemps martyrisé par son isolement. Pour des milliers de familles, d’écoliers et de petits commerçants, la réhabilitation route Kinshasa symbolise bien plus qu’un chantier : c’est la promesse d’une vie retrouvée.
L’axe Kimwenza, serpentant à travers la commune Mont-Ngafula, n’était plus qu’une succession de nids-de-poule et de ravins lors de la saison des pluies, transformant le moindre déplacement en épreuve. Les témoignages recueillis sur place dessinent une cartographie de la souffrance quotidienne. « Au plus fort des difficultés, nous devions laisser notre véhicule à des kilomètres et finir à pied, les enfants sur le dos, pour atteindre l’école ou le centre de santé », confie un père de famille, le regard tourné vers les engins de chantier. Cette route, artère économique et sociale, était devenue un frein au développement et un amplificateur d’inégalités. Combien d’opportunités perdues, combien de journées de travail gâchées à cause de cet état de délabrement ?
Le commerce local, poumon économique des quartiers, en a payé le prix fort. Les étals de légumes et les petites échoppes pâtissaient de la désertion des clients et de la difficulté d’approvisionnement. « Nous, vendeuses, avons trop souffert. Les clients ne voulaient plus venir, les marchandises s’abîmaient sur les pistes défoncées », lance une commerçante, un sourire timide aux lèvres alors que la poussière du chantier vole autour d’elle. Aujourd’hui, avec la progression visible des travaux, un frémissement se fait sentir. Les activités reprennent « petit à petit », comme une convalescence après une longue maladie. Les taxis-motos, ces incontournables du transport kinois, retrouvent également un semblant de normalité. Un conducteur, habitué aux secousses et aux pannes, lâche : « On commençait à douter. Arriver à Kimwenza relevait de l’exploit. Maintenant, on y croit à nouveau. »
Mais au-delà du soulagement individuel, la réhabilitation de la route Kimwenza pose une question plus large, presque rhétorique : pourquoi faut-il que les populations de Kinshasa endurent si longtemps de telles conditions avant de voir leurs droits les plus élémentaires – comme celui de circuler dignement – pris en compte ? Le calvaire enduré sur cet axe n’est malheureusement pas un cas isolé. Il reflète le défi immense des infrastructures urbaines dans une mégalopole en croissance continue. La fin annoncée des travaux, bien que saluée, ne doit pas faire oublier l’urgence d’une planification et d’un entretien pérennes du réseau routier. L’entreprise en charge du chantier, bien que discrète, a assuré que l’ouverture interviendrait « incessamment ». Une promesse que tous espèrent voir tenue, tant l’attente a été longue.
L’espoir est donc permis, mais il reste tempéré par l’expérience. La transformation de cette voie en un axe praticable en toutes saisons changera concrètement la vie des habitants. Elle réduira le temps et le coût des trajets, dynamisera l’économie de proximité, améliorera l’accès aux services de base comme les écoles et les centres de santé. En somme, elle rendra un peu de leur dignité à des citoyens qui l’avaient perdue sur les chemins cabossés. La réhabilitation route Kinshasa à Kimwenza est un microcosme des enjeux de développement de la capitale : chaque chantier achevé est une victoire sur la précarité, mais la bataille pour une ville plus juste et plus fonctionnelle est loin d’être gagnée. Le bitume qui se pose actuellement est une fondation. Sur elle doit désormais se construire une exigence collective de maintenance et de droit à la ville pour tous.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
