Dans un rapport d’une sévérité implacable, le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH) dresse un constat alarmant sur l’état des libertés fondamentales en République démocratique du Congo pour l’année 2025. Les services de renseignement, tant civils que militaires, sont identifiés comme les principaux auteurs d’atteintes systématiques aux droits humains, opérant en marge de tout cadre légal.
Le document, rendu public, détaille des pratiques d’arrestations et de détentions arbitraires menées par l’Agence nationale de renseignements (ANR), le Conseil national de la cyberdéfense (CNC) et l’État-major des renseignements militaires (EMRM). Ces agences sont accusées de priver des centaines d’individus de leur liberté sans supervision judiciaire, sans accès à un défenseur et souvent sans aucun contact avec le monde extérieur, constituant ainsi des détentions illégales au Congo.
Le chiffre est lourd de sens : le BCNUDH a recensé 503 personnes détenues dans les geôles de ces services. La répartition est éloquente, avec 320 détenus au sein de l’EMRM, 150 au CNC et 33 à l’ANR. Fait plus grave encore, certaines de ces incarcérations remontent à 2023, sans que les détenteurs n’aient jamais été présentés devant un magistrat. Les motifs invoqués oscillent entre la participation à des activités civiques, la dégradation sécuritaire dans l’Est du pays ou des accusations floues de « portée atteinte à l’autorité de l’État ». Toutefois, le rapport souligne que de nombreuses arrestations par l’ANR et le CNC en RDC interviennent pour des raisons qui ne relèvent aucunement du mandat légal de ces institutions.
Le cas du Conseil national de cyberdéfense est particulièrement scruté. Cet organe, directement rattaché à la Présidence de la République et dépourvu de toute compétence légale en matière policière ou pénale, se serait livré à des interpellations et à des détentions de longue durée. Les personnes appréhendées par le CNC seraient principalement suspectées d’affiliation à des figures politiques de l’opposition, comme l’ancien président Joseph Kabila ou l’ancien Premier ministre Matata Ponyo, ou d’avoir critiqué publiquement des mesures gouvernementales. D’autres cas concerneraient des litiges fonciers ou financiers privés, manifestement étrangers à la mission de cyberdéfense de l’institution.
Les conditions de cette détention illégale en RDC franchissent un cap supplémentaire avec la révélation d’actes de torture. Le BCNUDH rapporte des témoignages faisant état de sévices physiques et psychologiques, incluant des simulacres d’exécution, infligés aux détenus. Ces actes, constitutifs de violations graves des droits humains, sont perpétrés dans des lieux de détention non officiels à Kinshasa, véritables trous noirs juridiques où les détenus sont coupés de leurs familles et de toute assistance légale.
Face à ce tableau sombre, une question s’impose : comment de telles pratiques peuvent-elles perdurer en dehors de tout contrôle ? Le rapport du BCNUDH 2025 met en lumière un système parallèle où les garanties procédurales les plus élémentaires sont ignorées. Le plaidoyer de l’institution onusienne est clair : elle exhorte les autorités congolaises à transférer sans délai toutes les personnes détenues illégalement vers les autorités judiciaires compétentes, afin que leurs cas soient examinés dans le strict respect de la procédure légale.
La balle est désormais dans le camp des institutions congolaises. La réponse apportée à ces recommandations sera un test décisif de l’engagement de l’État de droit en RDC. Le silence ou l’inaction face à des allégations aussi documentées de torture et de détentions arbitraires par les services de renseignement ne ferait qu’entacher davantage le bilan des droits humains dans le pays. La communauté nationale et internationale observe maintenant les prochaines étapes, dans l’attente d’actions concrètes pour mettre fin à ces pratiques et garantir que justice soit rendue pour les centaines de victimes identifiées.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
