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Kisangani : un cimetière profané par un réseau mafieux et des constructions illégales

Imaginez-vous vous recueillir sur la tombe d’un être cher, et découvrir qu’à la place de la pierre tombale, une terrasse de bar a été construite, ou que le bruit assourdissant d’une discothèque a remplacé le silence du souvenir. C’est la réalité cauchemardesque que vivent les familles des défunts du cimetière de Kambakamba, dans la commune de Kabondo à Kisangani. Ici, le repos éternel a été violemment brisé par une urbanisation sauvage et des constructions illégales qui défient toute décence et toute loi.

La Synergie des avocats pour le développement durable (SADD) a levé le voile sur ce scandale, qualifiant la situation de profanation à ciel ouvert. Dans une correspondance adressée au Procureur général près la Cour d’appel de Kisangani, cette organisation a dénoncé avec force l’émergence de maisons, de terrasses et même de boîtes de nuit érigées directement sur des sépultures. Comment en est-on arrivé à une telle dérive ? Qui peut bien avoir l’idée de bâtir son commerce ou son domicile sur la terre sacrée des morts ?

Derrière ces actes qui heurtent la conscience collective, la SADD pointe du doigt un réseau mafieux bien structuré, qui opère en toute impunité dans la province de la Tshopo. Selon les avocats, ce réseau bénéficierait de complicités solides au sein de l’administration foncière, de la municipalité et même des services de sécurité et de renseignement. « Les pelleteuses n’ont pas reculé malgré nos alertes. La spoliation est profonde et systématique », affirment-ils, dépeignant un tableau où la loi du plus fort et la corruption semblent avoir pris le pas sur le respect et la légalité.

Les alertes répétées de la société civile sont restées lettre morte. Les travaux, eux, ont continué, creusant plus profondément la blessure ouverte dans ce lieu de mémoire. Le bruit des engins de chantier et les nuisances sonores des établissements de nuit perturbent désormais en permanence la quiétude du cimetière. Pour les familles endeuillées, c’est une double peine : non seulement elles voient la sépulture de leurs profsanée, mais en plus, elles doivent subir la transformation du lieu en un espace de vie bruyant et irrespectueux. Où est passée la sacralité due aux défunts ? Que reste-t-il du devoir de mémoire quand l’appât du gain et la spéculation foncière deviennent les seules règles ?

Face à cette situation intolérable, la SADD a formulé des recommandations claires et urgentes aux autorités. Elle exige l’ouverture d’une enquête minutieuse pour démanteler ce réseau mafieux et identifier toutes les complicités. L’annulation pure et simple des titres fonciers illégalement attribués sur ces terrains sacrés est également réclamée, de même que le déguerpissement immédiat de tous les occupants ayant bâti sur les tombes. Enfin, l’organisation appelle à une sécurisation durable du site par l’État, pour garantir à jamais le respect du repos des défunts et empêcher toute nouvelle tentative de profanation.

Cette affaire dépasse largement le simple cadre d’un conflit foncier. Elle interroge profondément sur l’état de notre gouvernance urbaine, sur la force de nos institutions et sur les valeurs que nous, en tant que société, choisissons de défendre. La profanation du cimetière de Kambakamba est un symptôme alarmant d’une anarchie qui gagne du terrain, où les plus vulnérables, y compris dans la mort, sont spoliés au profit d’intérêts privés puissants. Elle révèle aussi la faiblesse des mécanismes de contrôle et la complicité silencieuse de certains acteurs censés protéger le bien commun.

L’indignation est grande parmi la population de Kisangani et au-delà. Les appels à l’intervention des autorités se multiplient. Il est temps que la justice passe des mots aux actes, qu’elle trace une ligne rouge infranchissable et restaure la dignité de ce lieu. Le respect des morts est le miroir du respect des vivants. En laissant impunie cette profanation, c’est tout un pan de notre humanité et de notre héritage culturel que nous mettons en péril. Les familles attendent, la société civile veille, et l’histoire jugera.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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