Dans un mouvement stratégique qui pourrait redessiner la carte économique du Tanganyika et, au-delà, de toute la République démocratique du Congo, les autorités viennent d’activer un levier industriel de premier ordre. L’inauguration, ce mercredi 11 mars à Kalemie, de la toute première raffinerie pilote d’or du territoire national marque une rupture profonde avec des décennies d’exportation de matières premières brutes. Baptisée DRC Gold Refinery S.A., cette infrastructure, fruit d’un partenariat public-privé entre DRC Gold Trading S.A. et Lunga Mining, affiche une capacité de production mensuelle située entre 500 et 600 kilogrammes. Un chiffre qui, bien que modeste à l’échelle globale, symbolise une ambition démesurée : capturer enfin, sur le sol congolais, la valeur ajoutée jusque-là exportée avec le minerai.
Mais au-delà des discours protocolaires, quels sont les véritables enjeux économiques de cette transformation minière locale ? Pour la ministre du Portefeuille, Julie Shiku, à l’origine du projet, il s’agit ni plus ni moins d’une question de souveraineté économique. En maîtrisant l’intégralité de la chaîne de valeur – de l’achat de l’or brut à la production de lingots –, la RDC ne se contente plus d’être un simple fournisseur. Elle devient un acteur à part entière sur le marché international de l’or raffiné, avec la promesse d’exporter un produit fini à une pureté de 99,9%. Cette mutation, si elle se concrétise à plus grande échelle, pourrait injecter des centaines de millions de dollars supplémentaires dans l’économie nationale, créant un effet d’entraînement sur les recettes fiscales et les investissements connexes.
Le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, pointe quant à lui un autre bénéfice crucial : la traçabilité. L’or raffiné 99.9% issu de Kalemie portera une signature congolaise incontestable, un sésame pour pénétrer les marchés réglementés où les préoccupations éthiques et environnementales sont primordiales. Cette traçabilité améliorée est aussi présentée comme le meilleur rempart contre la fraude et l’évasion fiscale qui minent le secteur. En offrant un circuit officiel et rémunérateur, l’État espère attirer dans son giron une partie de la production issue de l’artisanat, estimée à plusieurs tonnes annuelles mais largement informelle. La promesse de « prix équitables » vise directement ces mineurs artisanaux or, souvent laissés-pour-compte des circuits formels et exploités par des négociants peu scrupuleux.
Néanmoins, le passage d’une économie d’extraction à une économie de transformation ne se fera pas sans défis. La réussite de cette raffinerie pilote à Kalemie repose sur plusieurs piliers fragiles. D’abord, l’approvisionnement régulier en or brut de qualité, qui nécessite de gagner la confiance des coopératives minières et des creuseurs. Ensuite, la compétitivité face aux raffineries étrangères bien établies, qui pourraient proposer des services à des coûts marginaux inférieurs. Enfin, la gestion efficace de l’entreprise publique DRC Gold Trading S.A., dont la performance sera scrutée à la loupe comme un test de la capacité de l’État-actionnaire à piloter des projets industriels complexes.
L’inauguration, en présence du ministre d’État au Plan, Guylain Nyembo, n’est donc pas qu’un événement symbolique. C’est le premier jalon concret d’une politique industrielle ambitieuse visant à faire du secteur minier un véritable moteur de développement endogène. Si ce pilote démontre sa viabilité économique et technique, il pourrait servir de modèle réplicable dans d’autres provinces riches en minerais, créant ainsi un réseau national de transformation minière locale. La RDC, longtemps comparée à un géant aux pieds d’argile dans le domaine extractif, tente par cette initiative de forger des outils pour enfin transformer sa richesse souterraine en prospérité partagée. Le succès de la raffinerie or RDC de Kalemie sera un indicateur clé pour mesurer l’effectivité de cette nouvelle doctrine économique.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
