Imaginez un cœur qui cesse de battre pendant près de dix-sept heures par jour. C’est le calvaire que vivent les habitants et les entreprises de la Gombe, cette commune qui abrite pourtant les poumons administratifs et économiques de Kinshasa. « Nous payons nos factures à la SNEL chaque mois, mais en retour, nous recevons des coupures qui étouffent nos vies et nos activités », lance, désabusé, un commerçant de l’avenue du Commerce. Ce témoignage résume le sentiment d’abandon qui plane sur ce quartier prestigieux, plongé dans un black-out quasi permanent.
Depuis plusieurs mois, la réalité est implacable : chaque jour, entre 7 heures du matin et 1 heure du matin, le courant disparaît. Des artères vitales comme la Gare centrale, les Galeries présidentielles, l’avenue du Commerce ou le Rond-point Forescom se transforment en zones d’ombres. Comment une telle situation peut-elle perdurer dans le centre névralgique de la capitale ? Les problèmes électricité à Kinshasa, et particulièrement dans le quartier Gombe sans courant, ne sont plus une simple nuisance, mais une crise profonde qui paralyse tout un écosystème.
« La Gombe devient de plus en plus invivable », confie un résident, la voix chargée de frustration. Les galeries qui abritent des bureaux d’État, des boutiques et des appartements sont régulièrement plongées dans le noir. Pour les opérateurs économiques, l’hémorragie est quotidienne. Les restaurants voient leurs denrées périr, les bureaux ne peuvent fonctionner, et le secteur informel, pilier de l’économie locale, est mis à genoux. Face à ces coupures électricité Gombe récurrentes, la colère monte, d’autant que les usagers affirment honorer scrupuleusement leurs obligations envers la SNEL Kinshasa.
En l’absence de service fiable, la débrouille a un coût exorbitant. Le vrombissement des groupes électrogènes est devenu la bande-son de la commune. Une solution de fortune qui alourdit considérablement les charges : consommation effrénée de carburant, frais de maintenance, et pertes sèches pour les petites entreprises qui peinent à absorber ces dépenses imprévues. Jusqu’où cette précarité énergétique peut-elle faire reculer l’activité dans ce qui est censé être le moteur de la ville ?
Interpellée sur ces dysfonctionnements majeurs, la Société nationale d’électricité reconnaît les perturbations. Zéphirin Bukasa, directeur de la distribution pour Kinshasa au sein de la SNEL, pointe du doigt des travaux tiers. Selon lui, les câbles électriques auraient été endommagés lors des opérations menées par l’entreprise SONADEX, chargée d’installer de nouveaux lampadaires sur l’avenue Bokassa. Ainsi, les travaux SONADEX Kinshasa seraient à l’origine de cette paralysie. La SNEL assure que les réparations sont en cours et promet un retour à la normale « très bientôt ».
Mais cette promesse sonne creux pour des habitants et des entrepreneurs épuisés par des mois de discontinuité. Peut-on se contenter d’explications techniques quand des quartiers entiers sont mis à l’arrêt ? La situation révèle une fragilité alarmante des infrastructures dans une zone pourtant prioritaire. Elle interroge aussi sur la coordination, ou l’absence de coordination, entre les différents acteurs des travaux publics.
Au-delà de l’inconfort, ces coupures à répétition posent une question fondamentale de justice sociale et économique. Pourquoi le centre du pouvoir et des affaires est-il aussi vulnérable ? Cette crise, si elle perdure, risque de faire fuir les investisseurs et de saper la confiance dans la capacité de l’État à fournir un service essentiel. L’enjeu dépasse la simple panne technique ; il touche à la crédibilité d’une nation et à la dignité de ses citoyens. Les habitants de la Gombe, entre colère et résignation, attendent désormais des actes concrets pour que la lumière revienne, durablement, sur leur quotidien et sur l’avenir économique de leur quartier.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
