Sur le terrain du gouvernorat de Lomami, à Kabinda, l’air était chargé d’une ferveur particulière ce lundi 9 mars. Des centaines de voix s’élevaient en chœur, mêlant prières et chants d’espérance. Ce culte œcuménique, rassemblant catholiques, protestants et membres d’églises de réveil, n’était pas un office ordinaire. Il marquait le coup d’envoi des commémorations de la Journée internationale des droits des femmes dans la province, transformant un lieu habituellement dédié à l’administration en un espace de recueillement et de revendication spirituelle. « Nous sommes venues prier pour nos sœurs de l’Est, mais aussi pour nos propres filles ici en Lomami », confie une participante, le regard empreint d’une détermination solennelle. Cette scène puissante pose d’emblée une question : la foi peut-elle être un levier pour l’émancipation ?
L’initiative, portée par le ministère provincial du Genre, Famille et Enfants, avait une résonance profondément politique sous ses atours spirituels. Le thème, « Respect des droits, autonomisation de toutes les femmes et filles pour une Lomami durable et inclusive », servait de feuille de route. Aimérance Kabadi, cheffe de la division provinciale du Genre, a immédiatement contextualisé l’événement : « Cette prière vise à exprimer la solidarité de la population de Lomami envers les femmes et les filles victimes des violences liées à l’agression rwandaise dans l’Est de la RDC ». Ainsi, le rassemblement de Kabinda dépassait les frontières provinciales pour tendre une main symbolique vers les zones en conflit, rappelant que la lutte pour les droits des femmes est un combat national, fragmenté par la guerre mais uni dans la douleur.
Mais la solidarité avec l’Est ne doit pas faire oublier les batailles internes. La ministre provinciale du Genre, Laurianne Mujinga, a saisi cette tribune pour lancer un plaidoyer sans détour. Elle a rappelé avec force que le développement durable de la Lomami est indissociable du respect strict des droits fondamentaux des femmes. « La prise de conscience collective est essentielle pour éradiquer les barrières sociales et culturelles qui empêchent encore les femmes et les filles de réaliser leur plein potentiel », a-t-elle martelé. Son discours pointait du doigt les obstacles concrets : l’accès limité à l’éducation secondaire et supérieure pour les filles, les pesanteurs sociétales qui cantonnent les femmes à certains rôles, et les violences basées sur le genre qui persistent dans l’ombre des foyers. Comment une province peut-elle prospérer si la moitié de sa population est entravée ?
L’engagement des plus hautes autorités provinciales a donné un poids officiel à ces paroles. Le vice-gouverneur Célestin Kayembe, représentant le gouvernement provincial, a lancé le culte en réaffirmant un engagement politique : « Une Lomami durable passe nécessairement par une gouvernance inclusive. Nous soutiendrons toutes les initiatives visant à promouvoir la femme ». La promesse de faire de l’éducation des filles une priorité est revenue comme un leitmotiv. Ces déclarations, accueillies par des applaudissements, soulèvent toutefois l’inévitable question de la mise en œuvre. Les prières et les beaux discours à Kabinda seront-ils suivis de budgets conséquents, de politiques publiques audacieuses et d’une application stricte des lois existantes ? La société civile et les organisations féminines présentes resteront vigilantes.
Ce culte œcuménique marque ainsi une étape intéressante dans la manière d’aborder la lutte pour les droits des femmes en RDC, particulièrement dans des provinces comme la Lomami. Il illustre une approche holistique, où la dimension spirituelle est mobilisée pour soutenir et légitimer le combat social et politique. Il crée un espace de dialogue rare entre autorités administratives, leaders religieux et mouvements de femmes. Prier pour l’autonomisation des femmes, c’est reconnaître publiquement que leur situation actuelle est inique et appelle à une intervention divine et humaine. C’est un acte de foi, mais aussi un acte de reconnaissance des torts.
En conclusion, l’événement de Kabinda est bien plus qu’une cérémonie religieuse de plus. C’est le reflet des défis complexes de la Lomami et de la RDC tout entière. Il montre que le chemin vers l’égalité passe par de multiples sentiers : la foi, la politique, l’éducation et une solidarité agissante. Alors que les échos des prières s’éteignent sur le terrain du gouvernorat, le vrai travail commence. La province saura-t-elle transformer cette ferveur collective en opportunités concrètes pour ses filles ? L’autonomisation des femmes ne se décrète pas seulement dans les cultes ou les discours, mais dans les salles de classe, les champs, les marchés et les instances de décision. Le rassemblement œcuménique a allumé une étincelle à Kabinda ; à la société tout entière de l’attiser en un feu durable qui éclaire et réchauffe l’avenir de toutes les Congolaises.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
