Au cœur de Kinshasa, le Centre culturel et artistique des pays d’Afrique centrale (CCAPC) dresse sa silhouette moderne comme un phare des expressions créatives régionales. Pourtant, un vent d’inquiétude souffle sur cette infrastructure promise à la jeunesse et aux artistes. La manager d’artistes E-Flora Lenga Galubadi, voix influente de la scène culturelle africaine, lance un cri d’alarme : et si cet écrin dédié à la beauté se muait en arène politique ?
Dans une intervention remarquée sur les réseaux sociaux, cette figure respectée, résidant à Abidjan mais ancrée dans les réalités congolaises, a déployé une argumentation tranchante. S’appuyant sur l’information d’une prochaine rentrée parlementaire prévue dans l’enceinte du CCAPC, elle craint une déviation de la vocation première du lieu. « Le Centre culturel et artistique pour les pays d’Afrique Centrale ne doit pas devenir un espace politique », a-t-elle déclaré, rappelant l’exemple du Palais du peuple à Kinshasa, initialement pensé pour accueillir des manifestations culturelles avant d’être largement accaparé par les activités politiques.
Cette analogie n’est pas anodine. Elle touche une corde sensible dans la mémoire collective, où les infrastructures culturelles semblent souvent sacrifiées sur l’autel des impératifs politiques. E-Flora Lenga Galubadi, dans un langage à la fois ferme et visionnaire, appelle donc à une refonte de la gestion régionale culture. Pour elle, le CCAPC, par son appellation même, appartient à toute l’Afrique centrale. Sa gouvernance, confiée depuis son inauguration en décembre 2024 à un comité exclusivement congolais, devrait s’élargir à l’échelle régionale. « Si ce centre appartient à l’Afrique Centrale, sa gouvernance doit être régionale », affirme-t-elle, proposant la création d’un « collège culturel des pays d’Afrique Centrale » chargé de désigner et superviser la direction.
Cet appel résonne comme un plaidoyer pour une véritable intégration culturelle. La manager interpelle directement les acteurs culturels et artistiques congolais, les exhortant à la vigilance. « Protégeons cet espace pour les artistes, la création et la jeunesse de notre région », insiste-t-elle, soulignant que le CCAPC est un bien commun pour des nations comme l’Angola, le Burundi, le Cameroun, le Congo, le Gabon, et bien d’autres. Sa position va au-delà de la simple critique ; elle esquisse un modèle de gestion collaborative, où chaque pays de la sous-région aurait sa part de responsabilité et de fierté.
Mais le propos de Galubadi ne s’arrête pas là. Elle interpelle aussi les institutions, pointant du doigt le silence du ministère gabonais des Affaires étrangères, de son homologue congolais, ou encore du ministère de la Culture, Arts et Patrimoine de la RDC. Pourquoi ce mutisme face aux questions cruciales de la gestion du CCAPC Kinshasa ? La manager invite ainsi à une prise de conscience collective, rappelant que la culture ne saurait être la parente pauvre des agendas politiques.
Dans sa logique, une solution structurelle émerge : doter le pouvoir législatif congolais d’un siège digne de ce nom, permettant de restituer le Palais du peuple à sa vocation culturelle initiale et, par ricochet, de préserver le Centre culturel et artistique Afrique centrale pour sa mission première. Cette proposition, ambitieuse, vise à clarifier les rôles et à ancrer les institutions dans leurs fonctions propres. Elle questionne en filigrane le statut juridique encore flou de ce centre culturel et artistique. À qui profite réellement cette infrastructure ? Son appellation large correspond-elle à une gestion étroite ?
L’intervention d’E-Flora Lenga Galubadi a le mérite de réveiller un débat nécessaire. Dans un contexte où la création artistique cherche des espaces de liberté et de reconnaissance, la gouvernance du CCAPC à Kinshasa devient un symbole. Symbolique d’une Afrique centrale capable de mutualiser ses ressources culturelles, ou au contraire, d’une reproduction des schémas de centralisation et de politisation. Les questions qu’elle soulève sont autant de miroirs tendus à la conscience régionale : voulons-nous des lieux qui célèbrent la diversité de nos expressions, ou des coquilles vides détournées de leur essence ?
Alors que l’ombre du Palais du peuple plane sur cette discussion, l’appel à une gestion régionale du centre culturel et artistique des pays d’Afrique centrale sonne comme un rappel à l’ordre. Un ordre où la culture retrouverait sa place centrale, non comme un appendice, mais comme le cœur battant d’une identité partagée. L’avenir du CCAPC, entre les mains des décideurs et de la société civile, pourrait bien dessiner la carte culturelle de la sous-région pour les décennies à venir. La vigilance d’E-Flora Lenga Galubadi est un premier pas vers cette réappropriation collective.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Eventsrdc
