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Ituri : le marché de la pacification, un nouveau souffle pour Tsere et Bunia

Le sourire de Zamundu Batagura, chef du groupement de Tsere, en disait long ce vendredi 6 mars. Alors qu’il inaugurait le nouveau marché de sa localité, son regard parcourait la foule rassemblée, mélange de visages issus de communautés autrefois divisées. « Ici, on vendra désormais des produits, pas des rancœurs », lance-t-il, sous les applaudissements. Cette scène, symbolique, se déroulait à la périphérie sud-ouest de Bunia, en Ituri, une région dont les plaies des conflits armés sont encore à vif. Le « marché de la pacification » n’est pas qu’une simple infrastructure ; c’est un pari, celui de remplacer la méfiance par le commerce et la peur par l’échange.

Construit par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), ce nouvel espace commercial incarne une lueur d’espoir dans un paysage encore marqué par l’insécurité. Mais au-delà des étals et des bâches, quel espoir concret représente-t-il pour les populations ? Comment un lieu de commerce peut-il devenir le fer de lance de la réconciliation ? La réponse se niche peut-être dans le quotidien des habitants. Pendant des années, les déplacements entre quartiers ou villages étaient entachés de risques, limitant drastiquement les interactions économiques et sociales. Le simple fait de se rendre au marché pouvait être un acte de courage. Aujourd’hui, l’OIM Ituri projet vise à inverser cette logique par la matérialisation d’un espace neutre et sécurisé, dédié à la rencontre.

« Ce marché est bien plus qu’un toit. C’est une pierre angulaire dans la reconstruction du tissu social », affirme Issoufu Kossikoye Moussa, chef du sous-bureau de l’OIM à Bunia. Son propos souligne l’ambition double du projet : stimuler l’économie locale tout en tissant des liens de confiance entre les communautés. L’initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de stabilisation de l’Ituri, une province qui cherche péniblement son chemin vers une paix durable. Le choix de l’emplacement, à Tsere, n’est pas anodin. Cette zone a été le théâtre de violences récurrentes, faisant de ce marché un symbole fort du retour progressif, et fragile, de la stabilité. La stabilisation Tsere passe ainsi par la création de lieux de vie partagés, où l’intérêt commun peut surpasser les vieux démons identitaires.

Concrètement, le marché de Tsere sera opérationnel trois jours par semaine, offrant aux agriculteurs et petits commerçants un débouché crucial pour écouler leurs productions. Pour une mère de famille qui cultivait ses légumes dans la peur des pillages, cela signifie un revenu régulier. Pour un éleveur, la possibilité de vendre son bétail sans craindre pour sa vie. L’impact sur le développement économique Ituri pourrait être significatif à moyen terme, en redonnant un souffle aux échanges locaux. Mais l’enjeu économique est indissociable de l’enjeu humain. Le véritable test sera de voir si les habitants de toutes origines s’approprient l’endroit, mélangeant leurs étals et leurs conversations.

La cohésion sociale Bunia, et plus largement en Ituri, se construit par de tels gestes concrets. Le chef Zamundu Batagura y croit fermement : « Nos enfants doivent grandir dans un endroit où l’on se salue d’un marché à l’autre, pas où l’on se regarde en chiens de faïence. » Son appel à l’appropriation collective résonne comme une nécessité. Un marché peut-il vraiment pacifier les cœurs ? La question reste ouverte. L’histoire récente de la région montre que la paix est un édifice complexe, bien plus difficile à construire qu’un bâtiment. Les tensions latentes, les ressentiments et les inégalités économiques persistantes constituent autant de défis à surmonter.

Pourtant, l’inauguration de ce marché de la pacification Bunia représente une étape nécessaire. Elle prouve que la paix ne se décrète pas seulement dans les accords, mais se vit au quotidien, dans les lieux où les gens se croisent, négocient et partagent. Le projet de l’OIM, soutenu par les autorités locales, lance un message clair : l’avenir de l’Ituri passe par la reconstruction de son économie locale et, surtout, de son tissu social déchiré. Le succès de cette initiative dépendra de la volonté de tous – vendeurs, acheteurs, autorités traditionnelles et administratives – à en faire un espace vraiment inclusif. La route vers une stabilisation définitive est longue, mais chaque échange conclu dans la sérénité à Tsere sera une petite victoire contre l’ombre des conflits passés.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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