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Grand Kasaï : les pratiques coutumières violent les droits des femmes

Imaginez une veuve, encore sous le choc de la perte de son époux, à qui l’on impose d’épouser le frère de son défunt mari. Pendant la période de deuil, elle se voit interdire de se laver, de dormir convenablement ou même de boire de l’eau. Ce scénario n’est pas un récit ancien, mais une réalité vécue par de nombreuses femmes dans le Grand Kasaï. Ces pratiques coutumières, profondément ancrées, continuent de porter une atteinte flagrante aux droits des femmes, créant un fossé immense entre les traditions et la dignité humaine.

« Dans la culture locale, cela est souvent considéré comme normal parce que, depuis longtemps, nos parents se mariaient avant 18 ans », explique une voix qui s’élève contre ces normes. Cette normalisation du mariage précoce fait du Grand Kasaï une région où le taux de mariage d’enfants est parmi les plus élevés. Mais la liste des souffrances imposées ne s’arrête pas là. Les mutilations génitales féminines (MGF), le sororat-lévirat, et des rites de veuvage humiliants font partie du lot quotidien de nombreuses femmes et jeunes filles. Comment une société peut-elle prospérer lorsque la moitié de sa population est systématiquement privée de ses droits les plus élémentaires ?

Le contraste est saisissant. Alors qu’un homme veuf retrouve sa liberté, la femme, elle, est souvent soumise à un ensemble de restrictions inhumaines. Pire encore, pour les femmes survivantes de violences sexuelles liées aux conflits qui ont secoué la région, le calvaire se double d’un rejet. Certaines ont été chassées de leur foyer ou contraintes de payer des « amendes traditionnelles » pour y être réintégrées. « Lorsqu’une femme est victime, elle devrait recevoir la protection de la communauté, une prise en charge médicale et psychologique… Malheureusement, beaucoup ont été chassées et punies », déplore une activiste sur le terrain. Où est la justice quand la victime devient coupable aux yeux de sa propre communauté ?

Face à ce système ancré, le changement ne peut venir que de l’intérieur. C’est la conviction qui anime l’organisation Femmes main dans la main pour le développement intégral (FMMDI). Leur stratégie ? Travailler main dans la main avec les gardiens de la tradition. Le chemin n’a pas été facile pour accéder aux chefs coutumiers, ces figures incontournables de l’autorité dans le Grand Kasaï. Mais le dialogue a fini par porter ses fruits. « Nous avons constaté qu’il y avait souvent des incompréhensions sur les conséquences de ces pratiques », note l’activiste Nathalie Kambala Lucey. Loin des condamnations frontales, l’approche est basée sur la sensibilisation et le plaidoyer, montrant comment ces traditions nuisent à l’ensemble de la communauté, aux femmes, aux enfants et au développement.

Ce travail de fourmi commence à montrer des résultats concrets. Des engagements communautaires ont été signés pour interdire le mariage des enfants de moins de 18 ans. Plus significatif encore, ces actions ont conduit à l’adoption d’édits provinciaux visant à bannir certaines coutumes jugées avilissantes. C’est une lueur d’espoir dans des provinces comme le Kasaï Central, le Kasaï, le Kasaï Oriental et la Lomami, où l’ONG est active. Cependant, ces avancées locales restent fragiles. Le véritable défi est maintenant d’élargir cette lutte à l’ensemble des 26 provinces de la République Démocratique du Congo. Un défi de taille, principalement freiné par le manque cruel de ressources financières et logistiques.

Les enjeux vont bien au-delà de la simple modification de pratiques sociales. Il s’agit d’un combat pour l’égalité, la santé et l’autonomie de millions de congolaises. Chaque mariage précoce interdit, c’est une jeune fille qui peut poursuivre ses études. Chaque pratique de MGF abandonnée, c’est une vie sauvée de complications médicales graves. Chaque veuve libérée de rites dégradants, c’est une femme qui retrouve sa dignité et peut contribuer pleinement à la société. La transformation des pratiques coutumières dans le Grand Kasaï n’est pas une attaque contre la culture, mais un nécessaire voyage vers une tradition qui respecte et célèbre tous ses membres, sans distinction de genre. Le soutien aux acteurs locaux qui mènent ce combat pacifique est donc plus qu’une nécessité ; c’est un investissement pour l’avenir de toute la nation.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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