L’actualité congolaise de la semaine n’aura laissé aucun répit, tant l’Est du pays continue de verser dans l’urgence absolue. Chaque jour apporte son lot de drames entre attaques armées, déplacements massifs, frappes de drones, ultimatum sanitaire et crise humanitaire aiguë. Dans ce climat d’insécurité persistante, les femmes congolaises, premières victimes mais aussi actrices du changement, appellent à une reconstruction profonde de notre contrat social. L’heure n’est plus à l’attentisme ni à l’indifférence.
Depuis Goma, Masisi, Rubaya ou Kisangani, les offensives militaires se succèdent, opposant l’armée congolaise, les groupes d’autodéfense et les rebelles du M23, sur fond de soutien rwandais dénoncé sur toutes les tribunes. L’escalade franchit un palier international : Washington frappe le régime de Kigali de sanctions rares, saluées à Kinshasa mais jugées insuffisantes par la société civile et les victimes des tueries. Pendant ce temps, Paris et l’ONU tirent la sonnette d’alarme sur le pillage massif des minerais essentiels, financé par les exactions du M23, et sur la mise à mal de la souveraineté nationale.
Le bilan humanitaire heurte tous les records : plus de 1,4 million de déplacés internes, 200 000 nouveaux en trois mois, 1,4 milliard de dollars réclamés par le gouvernement pour secourir les familles en détresse. La région du Kivu cumule inondations, épidémies (choléra, rougeole, VIH) et une crise sanitaire qui menace d’exploser avec la possible grève générale des agents hospitaliers dès la semaine prochaine. Les routes vitales sont paralysées par les combats, la flambée des prix étrangle l’économie locale et le panier de la ménagère fond sous la spéculation, poussant toute une région au bord de la famine.
La réponse institutionnelle reste en dessous des enjeux. Huit mois après l’accord de Washington, seuls 23 % des engagements sont tenus ; l’espoir du cessez-le-feu fait place à l’enlisement. Sur le plan judiciaire, la Cour des comptes réclame la fin de l’impunité pour les gouvernants tandis que l’Assemblée nationale tente de s’imposer en contrôleur budgétaire. Mais sur le terrain, l’absentéisme des magistrats et les prisons surpeuplées dressent un tableau alarmant des droits humains. À Mambasa ou Butembo, des centaines de détenus croupissent dans l’oubli ou meurent de malnutrition, tandis que la justice populaire regagne du terrain.
Dans ce chaos latent, le mois de mars s’ouvre avec un souffle venu du peuple. Mobilisations féminines pour la paix, nouveaux partenariats politiques pour briser le plafond de verre, formation et solidarité dans les quartiers : la société civile entame une reconquête de l’espace démocratique. Les débats sur l’égalité réelle, portés par le 8 mars et les récentes marches à Kinshasa pour la paix dans l’Est, interrogent notre capacité collective à sortir du cycle de la violence et du fatalisme.
Cette semaine encore, la RDC prouve que sa résilience puise dans l’engagement citoyen face à la routine de l’horreur. L’appel à la refonte d’un pacte social juste — où la justice et la dignité l’emportent sur la peur — ne peut souffrir d’attente. Décideurs comme citoyens, nous devons exiger la fin de l’impunité, investir dans la protection civile et appuyer une diplomatie résolue. Plus que jamais, c’est en faisant entendre les voix des femmes, actrices incontournables de cohésion nationale et de paix, que la République évitera de s’abandonner au chaos et retrouvera un chemin de reconstruction partagée. Le sursaut national passe par là.
— La Rédaction de CongoQuotidien
