Encore une semaine sous tension extrême dans l’Est de la RDC : affrontements sanglants, exodes massifs, dialogue sans issue. Sur le terrain, la réalité humanitaire dépasse l’entendement : des dizaines de milliers de déplacés supplémentaires, villages dévastés, écoles et hôpitaux fermés, pendant qu’à Kinshasa et Genève, diplomates, dirigeants et experts enchaînaient sommets, communiqués et promesses. Pendant ce temps, la population civile paie le prix fort de ce qui ressemble de plus en plus à un engrenage sans issue.
Tout au long de la semaine, la chronique de l’Est a ressemblé à un inventaire de l’horreur et de l’impuissance institutionnelle. À Kalembe-Kalonge, Ihula, Masisi, Fizi ou encore Walikale, les combats opposant M23, AFC, wazalendo et armée congolaise se sont poursuivis, précipitant chaque fois de nouveaux départs de civils, la destruction de centres de santé, l’incendie de centaines d’habitations ou l’enlèvement de figures de la société civile. Résultat : plus de 5,6 millions de déplacés internes selon l’OCHA, rien que pour le Sud-Kivu plus de 2,4 millions !
Si quelques signes semblent offrir une lueur d’espoir, ils restent bien maigres face à la dégradation globale. Oui, le processus de Doha vient d’aboutir à un accord sur la libération de 477 prisonniers sous l’égide du CICR, et l’on assiste à quelques mouvements de reddition ou de désarmement (356 miliciens en Ituri en deux semaines, 263 ex-rebelles M23 début avril). Mais ces chiffres restent dérisoires face à l’ampleur de la crise et à la vitesse à laquelle reviennent violences, pillages et drames humanitaires : 40 000 nouveaux déplacés à Walikale, plusieurs centaines de maisons incendiées à Lukweti, camps de déplacés détruits à Kalemie.
La communauté internationale s’inquiète – chaque pays, du Conseil de sécurité de l’ONU à la Chine, la France, la Russie ou les États-Unis, y va de son message alarmiste. Mais sur le terrain, les ONG font face à d’innombrables entraves : routes bloquées, écoles fermées, secours entravés par la violence, enfants privés d’éducation ou exposés à l’exploitation. Les voix de la population, des élus locaux ou de la société civile s’élèvent sans relâche pour dénoncer l’inaction, pointer la déconnexion entre les dialogues diplomatiques et l’urgence humanitaire vécue.
Le paradoxe est cruel : sur le papier, les annonces se multiplient (désarmement, accords régionaux, projets de réinsertion de déplacés ou d’appui à l’agroécologie). Mais rien ne change en profondeur l’équation. Le sentiment d’abandon est extrême. Quand la RDC devient l’épicentre de la crise humanitaire africaine et que l’Est sombre encore, c’est le pacte national, la dignité et l’espoir qui se fissurent.
Il ne suffit plus de « dialoguer », d’agiter des promesses ou de se réunir à Genève ou à Paris. L’heure est à la réinvention d’une solidarité concrète et d’une exigence absolue de résultats sur le terrain. Nous appelons à faire pression — pouvoirs publics, partenaires régionaux, bailleurs internationaux — pour que chaque parole sur la paix soit désormais irriguée par l’action : sécurité réelle, protection humanitaire immédiate, conditionnalité des aides à des avancées vérifiables, soutien aux initiatives citoyennes. Il en va de la vie de millions de nos concitoyens, mais aussi de la survie de notre cohésion nationale. Assez de promesses sans lendemain. L’Est mérite des actes, et vite.
— La Rédaction de CongoQuotidien
