Dans un contexte où les initiatives de paix semblent tourner en rond, la visite d’une délégation du Conseil interreligieux congolais (CIC) à l’ambassade de Belgique à Kinshasa ce vendredi 6 mars 2026 pourrait marquer un infléchissement subtil, ou simplement s’ajouter à la longue liste des consultations sans suite. Reçue par la conseillère politique Stefanie Van Melis, assurant l’intérim, la délégation conduite par l’archevêque Dodo Israël Kamba est venue plaider pour un mécanisme audacieux : la création d’une commission vérité réconciliation RDC comme préalable à tout dialogue national inclusif. Cette proposition, qui s’inspire explicitement du modèle sud-africain, vise à éviter, selon ses promoteurs, de légitimer rétroactivement la prise d’armes comme moyen d’expression politique. Mais dans les salons feutrés de la diplomatie, l’accueil est-il à la hauteur des espoirs ?
L’ambassade de Belgique Kinshasa, par la voix de sa représentante, a rappelé avec une prudence diplomatique caractéristique l’existence de « divers processus internationaux engagés pour la paix dans l’est de la RDC ». Le sous-texte est clair : toute nouvelle initiative doit démontrer sa valeur ajoutée et ne pas venir brouiller des cartes déjà complexes. La position belge, scrutée avec attention, oscille entre un soutien de principe aux acteurs religieux – traditionnellement influents dans la médiation – et une réelle méfiance face à la multiplication des cadres de discussion qui risquent de diluer les efforts. La question sous-jacente est de savoir si cette commission vérité réconciliation RDC serait un levier efficace ou un nouvel écran de fumée dans un pays où les dialogues ont souvent servi à gagner du temps plutôt qu’à régler les problèmes de fond.
Le Conseil interreligieux congolais CIC ne part pas de rien. Fort de sa contribution au pacte social porté par la CENCO et l’ECC, il présente cette commission comme un outil de purification nationale, un moyen de « faire la vérité » avant de « faire la politique ». Pour l’archevêque Kamba, il s’agit d’empêcher la création d’un « précédent fâcheux » qui consisterait à intégrer, sans condition préalable, des acteurs armés dans un dialogue politique. Cette vision, moralement séduisante, se heurte pourtant à la réalité implacable du terrain. La crise Nord-Kivu Sud-Kivu M23 est à son paroxysme, avec de vastes territoires administrés par la rébellion. Dans ce cadre, un mécanisme de vérité et de pardon peut-il précéder un cessez-le-feu ? Ne risque-t-on pas de mettre la charrue avant les bœufs, alors que l’urgence est à l’arrêt des hostilités ?
La démarche du CIC est d’autant plus significative qu’elle intervient en prélude à un dialogue national dont les contours restent flous. La veille, la même délégation s’était entretenue avec le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, montrant ainsi une stratégie de lobbying à plusieurs niveaux – national et international. Cette double approche révèle la conviction des leaders religieux qu’un dialogue national inclusif ne pourra aboutir sans un travail préalable sur la mémoire et les responsabilités. Mais cette vision idéale se confronte aux calculs politiques les plus terre-à-terre. Les acteurs en présence, qu’ils soient à Kinshasa, à Bunagana ou à Kigali, sont-ils réellement prêts à se soumettre à un exercice de vérité qui pourrait les desservir ?
Sur le plan international, l’initiative du Conseil interreligieux congolais CIC place les partenaires traditionnels du pays, comme la Belgique, dans une position délicate. Soutenir une commission vérité, c’est souscrire à un agenda exigeant qui pourrait compliquer les négociations de paix en cours, souvent axées sur des compromis pragmatiques et des arrangements sécuritaires immédiats. Le rappel par la diplomate belge de la nécessité d’une « valeur ajoutée » sonne comme un avertissement poli : le temps n’est pas aux expérimentations théoriques, mais aux solutions concrètes pour endiguer la crise Nord-Kivu Sud-Kivu M23. La RDC est-elle condamnée à choisir entre la justice et la paix, ou peut-elle, comme le suggère le CIC, les construire simultanément ?
Alors que les canons tonnent à l’est, les discussions à Kinshasa sur une commission vérité pourraient paraître déconnectées. Pourtant, elles touchent au cœur du dilemme congolais : comment reconstruire un État de droit et une cohésion nationale lorsque des portions entières du territoire échappent à l’autorité de l’État et que la violence est devenue une monnaie d’échange politique ? L’approche belge, attentive mais sceptique, reflète les doutes d’une communauté internationale qui a vu tant de feuilles de route avorter. Le véritable enjeu, dans les prochaines semaines, sera de voir si cette proposition religieuse saura trouver un écho auprès des autres chancelleries et, surtout, si elle pourra s’imposer dans l’agenda politique national sans être instrumentalisée ou vidée de sa substance. Le chemin vers la réconciliation est semé d’embûches, et la visite du CIC à l’ambassade de Belgique Kinshasa n’en est que la première étape, peut-être la plus facile.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
