La région de Shabunda, au Sud-Kivu, est plongée dans une spirale de violence extrême. Des affrontements entre factions du groupe Wazalendo ont provoqué la mort d’au moins deux personnes en une semaine. Mais le bilan humain ne se limite pas aux pertes directes. Des actes d’une brutalité inouïe sont rapportés, transformant ce conflit local en une crise humanitaire majeure.
Les combats se concentrent sur l’axe Kalole-Masanganjia jusqu’à Mukoloka. Les populations civiles sont prises en étau entre des groupes armés qui rivalisent de cruauté. Le député national Placide Wenda a tiré la sonnette d’alarme depuis Kinshasa, dénonçant des pratiques assimilables à des crimes contre l’humanité. Son constat est sans appel : la situation à Shabunda dépasse le simple accrochage militaire.
Les récits qui émergent de la zone sont glaçants. Les violences ne se limitent pas aux échanges de tirs. Des civils sont sciemment pris pour cible. Des cas de mutilations barbares ont été documentés. Comment peut-on justifier que des habitants aient les oreilles coupées ou les yeux crevés ? Ces actes de torture systématiques soulèvent des questions fondamentales sur l’impunité régnante dans cette partie du Sud-Kivu.
Les pillages des biens de la population ajoutent une dimension économique à la terreur. Les villages touchés sont vidés de leurs ressources et de leurs habitants. La conséquence immédiate est la paralysie totale de la vie sociale. Les écoles sont fermées depuis plus d’une semaine, privant une génération d’éducation. La majorité des hommes ont fui vers la forêt, cherchant un refuge précaire pour échapper aux exactions. Cette déstructuration communautaire est un désastre silencieux.
« Ce qui se passe là est assimilé à des crimes contre l’humanité. On ne peut pas comprendre que des gens venus d’une autre province viennent insécuriser toute une population », s’est indigné le député Wenda. Cette déclaration pointe du doigt un aspect crucial du conflit : l’origine externe de certains combattants, complexifiant les dynamiques locales et alimentant les tensions.
À l’origine de ces violences à Shabunda, une lutte de pouvoir intestine au sein des Wazalendo. La restructuration d’une coordination locale aurait marginalisé certains chefs de guerre, provoquant un regain de tensions. Pour légitimer leurs actions, les factions rivales utilisent un discours accusateur, brandissant le prétexte de l’allégeance à l’ennemi. Derrière ces justifications se cachent souvent des enjeux de contrôle des zones minières ou des positions stratégiques. Le conflit Wazalendo est donc autant une guerre pour le leadership qu’une bataille pour les ressources.
Face à ce vide sécuritaire criant, l’appel du député est clair : il demande aux autorités nationales et provinciales de dépêcher d’urgence des forces de l’ordre. L’objectif est double : protéger les civils sans défense et mettre un terme à la libre circulation de ces groupes incontrôlés. La demande résonne avec une instruction récente de la présidence. En effet, le Président Félix Tshisekedi a ordonné au gouvernement de renforcer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire. La tolérance zéro est désormais de mise pour les zones de non-droit, quels que soient les acteurs qui les créent.
Cette directive présidentielle prend tout son sens à la lumière des événements de Shabunda. Les mutilations infligées aux civils en RDC constituent un test pour la souveraineté étatique. L’insécurité au Sud-Kivu, et particulièrement dans l’enclave de Shabunda, ne peut plus être considérée comme un problème local. Il s’agit d’une menace directe contre la cohésion nationale et le contrat social. Jusqu’où l’impunité peut-elle aller avant une réponse militaire et judiciaire ferme ?
La communauté humanitaire observe la situation avec une inquiétude grandissante. L’accès aux zones touchées reste limité, entravant l’évaluation précise des besoins et la fourniture de l’aide. Les crimes humanitaires à Shabunda risquent de s’inscrire dans la longue liste des tragédies oubliées de l’Est congolais si une action décisive n’est pas entreprise. La priorité absolue doit être la protection des populations. Ensuite, il importera de désarmer ces groupes et de traduire en justice les responsables de ces atrocités. Le chemin vers la paix dans le territoire de Shabunda sera long, mais il commence par le rétablissement immédiat de l’ordre et de la justice.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
