Le gouvernement congolais vient de marquer un tournant stratégique dans sa politique éducative. En plaçant le bien-être des élèves au cœur de ses priorités, il lance officiellement le Programme national d’alimentation scolaire (PNAS). Cette initiative, validée en Conseil des ministres, a été officiellement dévoilée le lundi 2 mars 2026 à l’École Primaire Kifungu de Kalemie, dans la province du Tanganyika. Un choix symbolique pour une ambition nationale.
Alors que la République Démocratique du Congo célèbre la Journée africaine de l’alimentation scolaire, cette cérémonie présidée par la Première ministre Judith Suminwa a rassemblé autorités, partenaires internationaux et société civile. L’objectif est clair : garantir à chaque enfant scolarisé un repas nutritif quotidien. Mais comment une simple cantine scolaire peut-elle devenir un levier de développement national ? Pour les experts, la réponse est évidente : un élève qui a faim ne peut pas apprendre. La malnutrition constitue un obstacle majeur à la réussite scolaire et, par extension, au progrès du pays.
« Au-delà de sa dimension sociale, l’alimentation scolaire est un choix de souveraineté », a déclaré avec conviction la cheffe du gouvernement, Judith Suminwa. Elle insiste sur la volonté de voir les cantines s’approvisionner auprès des producteurs locaux, créant ainsi une véritable chaîne de solidarité nationale. Chaque repas servi devient alors un soutien concret à l’agriculteur, à l’entrepreneur et à la famille. Cette vision s’inscrit dans la Stratégie nationale de l’alimentation scolaire 2025-2030, un document cadre qui dépasse le simple plan technique pour devenir un contrat entre la nation et sa jeunesse.
Raïssa Malu, ministre d’État en charge de l’Éducation nationale, a rappelé la logique derrière cet investissement. Après la gratuité de l’enseignement, les cantines scolaires représentent la seconde étape majeure de la réforme. « Comment exiger l’excellence d’un esprit affamé ? », interroge-t-elle. Pour elle, ce programme national alimentation scolaire RDC n’est pas une dépense, mais un investissement stratégique dans le capital humain, un levier de croissance économique à long terme. Chaque franc investi dans l’assiette d’un élève lutte contre le décrochage et booste la réussite.
Sur le terrain, à Kalemie, l’émotion était palpable parmi les parents et les élèves. Ce programme, financé par des fonds propres de l’État avec l’appui d’alliés comme le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’Agence française de développement (AFD), vise aussi à alléger le fardeau financier des familles. « Chers parents, nous connaissons vos sacrifices. Ce programme est là pour alléger votre fardeau », a souligné la ministre Malu, s’adressant directement aux familles présentes.
Le choix de l’EP Kifungu n’est pas anodin. Cette école, située dans une zone marquée par des conflits passés, symbolise la renaissance par l’éducation. David Stevenson, représentant du PAM en RDC, y a vu un message d’espoir pour les zones post-conflit. Dans cette région, son organisation assiste déjà 36 500 enfants dans 78 écoles. Il rappelle l’urgence de telles actions alors que l’insécurité alimentaire persiste dans l’Est du pays.
Concrètement, le programme se déploiera en plusieurs phases. Pour l’année scolaire en cours, 164 écoles dans les provinces du Tanganyika, de la Lomami, du Kasaï-Central et du Kasaï-Oriental sont ciblées. Le menu type est conçu pour être nutritif et équilibré, à base de céréales, légumineuses, huile végétale et sel, complété par les récoltes des jardins communautaires. Cette approche privilégie la participation locale : chaque école disposera d’un Comité de parents (COPA) et d’un comité de gestion associant enseignants, parents et élèves. Une démarche qui assure non seulement la transparence, mais aussi l’appropriation du projet par la communauté.
À travers ce programme national alimentation scolaire RDC, le gouvernement matérialise le quatrième pilier de son Programme d’action 2024-2028 : le renforcement du capital humain. Il s’agit d’une promesse concrète faite aux futures générations. En assurant le bien-être des élèves par une alimentation saine, la RDC ne se contente pas de nourrir des corps, elle nourrit des esprits et, in fine, l’avenir de toute une nation. La réussite de cette Stratégie nationale alimentation scolaire 2025-2030 sera scrutée de près, car elle pourrait bien redéfinir le visage de l’école congolaise et sa contribution au développement durable du pays.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
