Une situation alarmante secoue le monde de l’élevage dans le Nord-Kivu. Depuis plusieurs jours, une maladie non encore formellement identifiée frappe avec violence les chèvres et autres petits ruminants à Kiwanja et dans les environs du territoire de Rutshuru. Cette épidémie animale dans le Nord-Kivu plonge les éleveurs locaux dans une détresse profonde, alors que chaque bête perdue signifie un peu plus de précarité pour des familles déjà vulnérables.
Les symptômes observés sur les animaux malades sont inquiétants et se répètent d’un enclos à l’autre. Les chèvres touchées présentent une diarrhée sévère et profuse, un écoulement nasal abondant, une forte fièvre et une perte d’appétit soudaine. Dans les cas les plus graves, la mort survient en seulement quelques jours, laissant les propriétaires désemparés. Comment une telle maladie peut-elle se propager si vite et frapper avec une telle virulence ?
Face à ces signes cliniques, les spécialistes sur le terrain évoquent une hypothèse préoccupante : la peste des petits ruminants (PPR). Cette maladie virale, extrêmement contagieuse, est un fléau bien connu des éleveurs de chèvres et de moutons dans le monde. Le Dr Bahati Kirolina, vétérinaire à Kiwanja, confirme que les symptômes, notamment la diarrhée aiguë et les sécrétions nasales, correspondent au tableau classique de la PPR. Cependant, il insiste sur un point crucial : sans analyse en laboratoire, le doute subsiste. Imaginez un incendie qui se propage sans que l’on connaisse la nature exacte des flammes ; la lutte en devient bien plus complexe.
Pour les éleveurs de Kiwanja, cette crise est un coup dur. Ces animaux ne sont pas de simples bêtes ; ils représentent une épargne sur pied, un capital vivant qui sert à payer les frais scolaires des enfants, les médicaments en cas de maladie ou à faire face aux urgences du quotidien. La perte de bétail à Kiwanja n’est donc pas seulement une tragédie zootechnique, c’est une catastrophe économique et sociale. « Nous perdons nos bêtes les unes après les autres. Nous n’avons pas les moyens d’acheter des médicaments ni de faire venir des spécialistes », témoigne l’un d’eux, résumant le sentiment d’impuissance qui règne.
La peste des petits ruminants à Rutshuru, si le diagnostic venait à être confirmé, n’est pourtant pas une fatalité. Des moyens de contrôle existent. La vaccination préventive constitue le bouclier le plus efficace. En l’absence de campagne organisée, la maladie trouve un terrain propice à sa propagation. Les experts vétérinaires rappellent donc des mesures barrières essentielles, similaires à celles que nous connaissons pour les épidémies humaines : isolement strict des animaux malades, restriction des mouvements de bétail entre les villages, et renforcement drastique de l’hygiène dans les enclos pour briser la chaîne de transmission.
Face à l’urgence, les appels se multiplient vers les services vétérinaires territoriaux et les autorités provinciales. Une mission d’évaluation technique et de prélèvement est impérative pour poser un diagnostic officiel. Identifier l’ennemi, qu’il s’agisse de la PPR ou d’une autre pathologie, est la première étape pour organiser une riposte adaptée, qu’il s’agisse de vaccination de masse, de traitement ou d’abattage sanitaire contrôlé. L’inaction pourrait avoir des conséquences dévastatrices sur la sécurité alimentaire et les revenus de centaines de familles dans cette région où l’élevage est un pilier économique.
En attendant une intervention officielle, la psychose gagne du terrain. Les éleveurs scrutent leurs animaux avec anxiété, redoutant l’apparition des premiers symptômes de diarrhée chez leurs chèvres. Cette crise souligne, une fois de plus, la vulnérabilité des systèmes d’élevage familiaux et la nécessité absolue de disposer de services vétérinaires de proximité réactifs et bien équipés. La santé animale n’est pas un domaine secondaire ; elle est directement liée à la santé économique et au bien-être des communautés rurales. Protéger le bétail, c’est protéger des vies et des moyens de subsistance.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
