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Ituri : à Boga, les jeunes réparent les routes pour désarmer les conflits

Dans la chaleur étouffante de Boga, une bourgade oubliée à 120 kilomètres de Bunia, le bruit des pelles et des pioches a remplacé, pour quelques semaines, le silence lourd de l’incertitude. Des dizaines de jeunes, le visage concentré, s’activent sur une route de terre défoncée. Ici, chaque coup de daba n’est pas seulement un geste pour aplanir le chemin, mais un acte de résistance contre la violence qui ronge l’Ituri. Ces travaux routes Boga Ituri, lancés par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) dans le cadre de son programme RESET, transforment la sueur en un rempart fragile contre l’instabilité.

« Avant, on restait des journées entières à ne rien faire, à regarder passer le temps. C’était l’angoisse, la frustration. Et tu sais vers quoi te pousse la frustration dans cette région ? », interroge un jeune participant, préférant garder l’anonymat. Sa question, rhétorique, plane sur le chantier. La réponse, tout le monde la connaît : l’oisiveté est le terreau fertile des recruteurs de groupes armés. L’initiative de l’OIM RESET Ituri tente justement de tarir ce terreau en offrant une alternative tangible. Elle ne se limite pas au simple goudronnage des pistes ; elle vise la réhabilitation sociale d’une jeunesse en perte de repères.

Le chef de la chefferie de Boga le souligne avec force : cette main tendue est une réponse concrète à un mal profond. « Occuper les jeunes, leur donner une raison de se lever le matin, c’est déjà les armer contre les mauvaises influences. Et en même temps, nous réparons les artères vitales de notre territoire », explique-t-il. Ces routes de desserte agricole, une fois praticables, permettront aux paysans d’écouler leurs récoltes, de ravitailler les marchés, de faire circuler la vie économique. Le projet devient ainsi un double levier : il génère un revenu immédiat pour les travailleurs et pose les bases d’un développement local Ituri plus résilient.

Guy Balibuno, assistant au projet RESET pour l’OIM, décrypte la philosophie de cette approche intégrée. « Nous ciblons délibérément des jeunes à risque. Sur ces chantiers, ils ne sont pas de simples ouvriers. Ils sont également participants à des forums sécuritaires où nous discutons de la résolution pacifique des conflits, de la cohabitation entre communautés. Ils deviennent ainsi des acteurs de leur propre sécurité. » Cette dimension psychosociale est cruciale. Dans une province marquée par des décennies de conflits intercommunautaires, la réconciliation passe aussi par des projets collectifs qui recréent du lien social et une fierté commune. L’objectif avoué est la stabilisation communautés Ituri, pierre angulaire d’un retour à une paix durable.

Mais ce pari sur l’avenir repose sur des épaules souvent fragiles. Les autorités locales, comme Mathieu Mumbere de l’Office des voies de desserte agricole (OVDA), en sont conscientes. Son appel à la population est empreint d’un réalisme pragmatique. « Le développement commence par les routes. Sans elles, pas de commerce, pas d’écoles accessibles, pas de centres de santé approvisionnés. Je dis aux jeunes : ne voyez pas seulement le salaire quotidien. Voyez le chemin que vous ouvrez pour vos enfants. » Un discours qui cherche à transcender la précarité immédiate pour insuffler une vision à long terme.

Alors, cette initiative peut-elle véritablement inverser la tendance dans une région aussi volatile ? La route, au sens propre comme figuré, sera longue et semée d’embûches. L’insécurité demeure une menace omniprésente, capable de réduire à néant les progrès les plus concrets. Cependant, le simple fait que des jeunes emploi Ituri trouvent dans ce projet une lueur d’espoir et une occupation légitime constitue en soi une petite victoire. C’est un message adressé à tous : il existe des alternatives à la kalachnikov. Des alternatives qui passent par le labeur, la dignité retrouvée et la reconstruction des infrastructures de la vie quotidienne.

À Boga, sous le soleil de l’Ituri, chaque pierre dégagée, chaque nid-de-poule comblé, est un acte de foi dans l’avenir. Un avenir où la prospérité agricole, portée par des routes dignes de ce nom, pourrait progressivement l’emporter sur la logique de la violence. Le défi est immense, mais le premier pas, souvent le plus difficile, est en train d’être franchi. Non pas au pas de charge, mais au rythme patient et déterminé de ceux qui croient que le développement est le seul chemin viable vers une paix définitive.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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