Le Réseau pour les Droits de l’Homme (REDHO) a tiré la sonnette d’alarme, ce vendredi 27 février, dénonçant des conditions de détention qualifiées d’« extrêmement difficiles » pour les 1 343 détenus de la prison centrale de Butembo, dans la province du Nord-Kivu. La situation, décrite comme critique, met en lumière une surpopulation carcérale étouffante et une carence persistante des subventions étatiques, créant un terreau propice à des violations graves des droits fondamentaux.
Dans son dernier rapport, l’organisation citoyenne dresse un tableau sombre de la réalité pénitentiaire dans cette région de l’Est de la République Démocratique du Congo. Outre la surpopulation extrême qui caractérise l’établissement, le REDHO souligne une malnutrition persistante parmi les pensionnaires, directement liée à l’absence de fonds alloués par l’État pour leur subsistance. Comment des êtres humains peuvent-ils survivre dans un tel dénuement ? La question, bien que rhétorique, traduit l’urgence de la situation.
Le coordonnateur du REDHO, Muhindo Wasivinywa, a fourni des détails accablants lors de la présentation du document. « Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025 au 25 février 2026, un seul trimestre a été honoré, alors que l’État devrait payer chaque trimestre une subvention pour la ration et les soins médicaux des détenus », a-t-il déclaré, pointant du doigt la carence chronique des subventions pour les établissements pénitentiaires. Cette défaillance budgétaire est identifiée comme la racine de nombreux maux : « L’absence de cette subvention est à la base de nombreux problèmes au sein de ces établissements pénitentiaires. Il y a un nombre très élevé de malades et d’autres souffrant de malnutrition. »
L’environnement sanitaire est tout aussi préoccupant. Les détenus feraient face à une pénurie criante de médicaments et subiraient des retards significatifs dans leur prise en charge médicale, aggravant leur état de santé déjà fragile. Une inspection menée dans la prison de Lubero, également située dans le Nord-Kivu, a révélé des problématiques similaires, avec une insuffisance de la ration alimentaire demeurant une préoccupation majeure. Ces constats jettent une lumière crue sur la gestion des conditions de détention prison Butembo et des structures avoisinantes.
Face à cette crise humanitaire et judiciaire, le REDHO formule une série de recommandations pressantes. L’organisation exhorte le ministre national de la Justice à s’impliquer personnellement dans le déblocage et le paiement effectif des subventions destinées aux établissements pénitentiaires. Parallèlement, un appel est lancé aux juridictions et instances judiciaires pour qu’elles accélèrent l’extraction et le traitement des dossiers, permettant ainsi aux prévenus d’être fixés sur leur sort dans des délais raisonnables et contribuant à désengorger ces prisons surpeuplées.
Le réseau plaide également pour une mobilisation humanitaire immédiate, en invitant les bienfaiteurs et organisations humanitaires à apporter un soutien urgent aux détenus. Enfin, une recommandation structurelle est adressée au Gouvernement : la construction d’une prison moderne, conforme aux normes internationales, dans cette partie du pays. Cette mesure à long terme apparaît comme une solution indispensable pour mettre un terme aux conditions inhumaines dénoncées.
La gravité des accusations rend d’autant plus notable l’absence de réaction des autorités directement concernées. Selon des informations rapportées par Radio Okapi, les responsables judiciaires et pénitentiaires de Butembo et de Lubero n’ont pas pu être joints pour commenter les conclusions du rapport du REDHO. Ce silence interroge sur la volonté politique de remédier à une situation qui semble perdurer dans l’indifférence. L’État congolais parviendra-t-il à honorer ses obligations légales et humanitaires envers cette population carcérale oubliée ? La réponse à cette question engage directement le respect des droits humains en RDC.
L’alerte du REDHO sur la surpopulation prison Nord-Kivu et la malnutrition des détenus Butembo sert de rappel cruel : derrière les murs des prisons se joue une tragédie silencieuse, où la dignité humaine est mise à mal par la combinaison toxique de l’oubli administratif et de la lenteur judiciaire. Les prochaines semaines seront déterminantes pour vérifier si cet appel à l’action sera entendu par les décideurs.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
