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RDC : L’économiste Lems Kamuanya prône la culture bancaire contre la Banque Lambert

La République Démocratique du Congo fait face à un paradoxe financier de taille. Alors que son économie montre des signes de croissance, seulement 10% de ses 112 millions d’habitants disposent d’un compte bancaire, selon les dernières données de la Banque mondiale. Cette réalité creuse un fossé béant d’inclusion financière RDC, propulsant des pratiques informelles comme la célèbre, mais dangereuse, « Banque Lambert » au rang de solution de première urgence pour des millions de Congolais. Le phénomène, ancré dans le quotidien kinois et au-delà, représente-t-il une entraide vitale ou un piège économique à grande échelle ?

L’économiste Lems Kamuanya, intervenant récemment sur les ondes de Radio Okapi, a tiré la sonnette d’alarme avec une analyse sans concession. Pour lui, la montée en puissance de ce système de crédit informel est le symptôme direct d’un échec structurel. « Qu’on installe ce qu’on appelle des banques de proximité. Qu’on installe des institutions de microfinance », a-t-il plaidé, pointant du doigt le manque criant d’alternatives accessibles. Sa recommandation centrale est claire : il est impératif de promouvoir une véritable culture bancaire auprès de la population pour contrer l’attrait des prêteurs usuriers.

Concrètement, comment fonctionne cette « Banque Lambert » qui séduit tant ? Le mécanisme est simple, brutal, et terriblement onéreux. Un emprunt de 100 dollars peut exiger un remboursement de 150 dollars, soit un taux d’intérêt de 50% sur une période souvent très courte. « Il m’arrive d’y recourir dans des cas d’urgence », confie un Kinois, résumant le dilemme de nombreux citoyens. Face à une dépense médicale imprévue, une scolarité à payer ou un besoin vital, les circuits formels apparaissent souvent trop lents, trop complexes, ou tout simplement hors de portée. Le système informel, lui, offre une rapidité déconcertante, mais à un coût exorbitant qui peut enfoncer les emprunteurs dans une spirale d’endettement.

Les prêteurs, quant à eux, défendent une logique de mutualisation risquée. « Si on te prête 50 USD, après un mois tu vas rembourser 75 USD. On s’entraide », explique l’un d’eux. « Lorsque je prête à quelqu’un, c’est pour que je gagne un petit quelque chose. Il m’aide avec mon pourcentage, moi je l’aide avec l’argent. » Cette vision d’une économie parallèle « d’entraide » masque mal une réalité : l’absence totale de cadre juridique, de garantie pour l’emprunteur, et la pratique de taux usuriers qui sapent le pouvoir d’achat et freinent tout projet d’épargne ou d’investissement productif.

La solution, selon Lems Kamuanya, repose sur un triptyque d’actions publiques et privées. Premièrement, la densification du réseau financier via des banques de proximité et des institutions de microfinance est une nécessité infrastructurelle. Deuxièmement, une vaste campagne d’éducation financière est indispensable pour développer la culture bancaire, expliquer les avantages de l’épargne sécurisée et les dangers du crédit informel. Enfin, et c’est peut-être le point le plus sensible, l’État doit assumer son rôle de régulateur. « L’État doit contrôler et sanctionner ceux qui opèrent en marge de la loi », insiste l’économiste, appelant à un cadre légal plus strict et surtout, à son application effective.

Les enjeux dépassent largement la simple question du crédit. Une inclusion financière renforcée en RDC serait un puissant levier pour formaliser l’économie, augmenter la collecte fiscale, et stimuler l’investissement local. À l’inverse, la persistance d’un système de crédit informel aussi massif que la Banque Lambert représente une fuite de capitaux considérable pour les ménages et une menace pour la stabilité économique. L’émergence d’une classe moyenne stable et capable de planifier son avenir financier en est directement compromise.

L’appel de Lems Kamuanya résonne donc comme un impératif de développement national. Transformer les habitudes financières de toute une population est un défi colossal, mais la transition vers une économie plus formelle et sécurisée en dépend. La bataille pour l’inclusion financière en RDC se joue aujourd’hui entre la rapidité précaire de la « Banque Lambert » et la construction, plus lente mais plus solide, d’une véritable culture bancaire accessible à tous. L’avenir économique du pays pourrait bien se décider dans ce combat entre l’informel instantané et le formel structurant.

Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net

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Amissi G
Amissi G
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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