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Kinshasa : Étudiantes harcelées, vendeuses extorquées, un rapport dénonce l’accès entravé à la justice

Une étude approfondie publiée par l’organisation Ius Stella en janvier dernier a jeté une lumière crue sur les entraves systémiques que rencontrent les femmes de Kinshasa pour accéder à la justice. Cette enquête exploratoire, menée dans le cadre des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre, a ciblé deux groupes essentiels au dynamisme de la mégapole : les étudiantes de l’Université de Kinshasa et les vendeuses des marchés populaires.

Les conclusions du rapport, intitulé « Besoins juridiques des femmes à Kinshasa », dressent un constat alarmant de violations récurrentes des droits. Près d’un quart des 110 étudiantes interrogées (24,5%) ont rapporté avoir été confrontées à des violations de leurs droits fondamentaux, au sein même de l’environnement académique censé les former. Le harcèlement sexuel y est identifié comme un fléau majeur, avec des pratiques où la réussite académique est conditionnée à des faveurs intimes. Des témoignages anonymes, recueillis dans le document, décrivent des propositions explicites de la part d’assistants ou des menaces proférées par des coordinateurs de clubs étudiants, créant un climat de peur et d’insécurité.

La sphère numérique, largement investie par ces jeunes femmes (95% utilisent régulièrement les réseaux sociaux), constitue un prolongement de cette violence. Une étudiante sur cinq rapporte avoir été victime de violences basées sur le genre en ligne, sous forme de messages menaçants, d’avances agressives ou de diffusion non consentie d’images intimes. Pourtant, l’opacité des recours et la crainte des représailles conduisent à un sous-signalement massif : seuls 12,7% de ces cas sont portés à la connaissance des autorités. Une écrasante majorité (82,7%) des interrogées affirment ignorer vers quelles instances se tourner pour traiter ces plaintes d’un genre nouveau.

Sur un autre front, celui de l’économie informelle qui fait vivre des millions de Kinois, les « mamans vendeuses » subissent des pressions d’une autre nature. L’enquête menée auprès de 99 vendeuses dans quatre marchés révèle une précarité structurelle. Exerçant en moyenne depuis près de sept ans, 91,1% d’entre elles opèrent sans licence ni enregistrement officiel, les laissant à la merci d’abus. La moitié (50,5%) a déjà subi des confiscations arbitraires de marchandises ou des tracasseries de la part d’agents publics. Les procédures de formalisation, perçues comme coûteuses, complexes et entachées par la corruption présumée des autorités, apparaissent inaccessibles.

Au-delà de leurs spécificités, ces deux groupes de femmes partagent des obstacles communs dans leur quête de justice. La peur des représailles, le manque criant d’information sur leurs droits et la méfiance envers des institutions jugées opaques et partiales créent un cercle vicieux d’impunité. Les participantes expriment unanimement un besoin urgent d’assistance juridique gratuite, de soutien psychosocial et de mécanismes de protection efficaces contre les abus.

Face à ce diagnostic qualitatif robuste, bien que non représentatif de l’ensemble de la population, le rapport esquisse des pistes de réforme concrètes. Il plaide notamment pour la création d’un Bureau d’Aide légale et Psychosociale au sein de l’UNIKIN, doté d’un guichet confidentiel et d’outils de signalement en ligne. Pour les vendeuses des marchés, l’instauration de permanences juridiques mobiles pourrait faciliter l’accès aux procédures de formalisation et offrir un recours contre les extorsions. Les auteurs appellent également à la conduite d’une enquête nationale plus vaste pour quantifier précisément ces besoins.

Ce document intervient à un moment critique pour la République Démocratique du Congo, alors que les inégalités de genre et socio-économiques demeurent des défis majeurs. Il souligne l’impérieuse nécessité d’une approche intégrée, combinant justice de proximité, renforcement des capacités des femmes et réformes institutionnelles courageuses. La balle est désormais dans le camp des bailleurs de fonds et des ministères compétents : sauront-ils transformer ces recommandations en actions tangibles pour garantir que les femmes puissent étudier et travailler à Kinshasa dans la dignité et le respect de leurs droits fondamentaux ?

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd

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