Dans le cadre de la vision stratégique du Chef de l’État, prônant une « revanche du sol sur le sous-sol », une délégation du ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire a entamé une mission cruciale à Kindu, au Maniema. L’objectif déclaré est sans ambiguïté : transformer les nombreuses associations agricoles locales en coopératives structurées, un modèle jugé indispensable pour professionnaliser le secteur et, in fine, garantir une sécurité alimentaire durable dans la province. Cette initiative, qui s’inscrit dans une politique économique de long terme, vise à corriger une fragmentation historique du secteur agricole, souvent perçu comme un frein majeur au développement.
La délégation agriculture Kindu a multiplié les rencontres avec les producteurs, dressant un constat économique implacable. L’aide publique et les investissements, aussi substantiels soient-ils, voient leur efficacité diluée lorsqu’ils sont dispersés entre une myriade d’individus isolés. Comme l’explique Julienne Landu, membre du secrétariat au ministère, la force réside dans le regroupement. « Le passage du statut d’association à celui de coopérative est une étape indispensable pour bénéficier de l’appui de l’État », affirme-t-elle. Cette mutation structurelle n’est pas une simple formalité administrative ; elle représente un levier puissant pour accéder à des financements plus conséquents, mutualiser les risques et optimiser les chaînes de production et de commercialisation.
Mais comment s’assurer que cette transformation associations coopératives RDC ne reste pas un vœu pieux ? Les producteurs du Maniema, tout en saluant la démarche, expriment des réserves pragmatiques. Joseph Baune Lusangi, l’un des responsables associatifs, souligne la double contrainte du coût et du temps. La lourdeur présumée des procédures et les frais administratifs associés à la constitution en coopératives agricoles Maniema pourraient décourager les petites structures, pourtant essentielles à l’économie locale. Leurs attentes sont claires : une simplification radicale des démarches, une révision à la baisse des coûts et, surtout, une matérialisation rapide des promesses de soutien sur le terrain. Sans ces garanties, la transition risque de buter sur la réalité des exploitations familiales.
Face à ces préoccupations légitimes, le ministère tente de rassurer. Kabingwa Bundya, directeur des ressources humaines, assure que des dispositions sont prises pour faciliter cette transition administrative. L’enjeu est de taille : il s’agit de créer un environnement propice à l’émergence d’entités économiques robustes, capables d’investir, d’innover et de négocier collectivement. La professionnalisation via le modèle coopératif est perçue comme la clé pour organiser une chaîne de valeur plus efficiente, depuis la production jusqu’à la commercialisation, et pour stabiliser les approvisionnements locaux.
Quelles pourraient être les conséquences économiques de cette politique ? À moyen terme, une structuration réussie du secteur agricole pourrait significativement améliorer la productivité et les revenus des exploitants. En se regroupant, les coopératives agricoles Maniema gagneront en pouvoir de marché, pourraient mieux valoriser leurs productions et sécuriser des débouchés. Cette consolidation est un prérequis pour attirer des investissements privés plus importants et pour mettre en place des systèmes de garantie qui ouvrent l’accès au crédit bancaire. Le secteur, longtemps considéré comme informel et à haut risque, commencerait ainsi sa mue vers une activité économique formalisée et bancable.
L’impact ultime, et non des moindres, vise la sécurité alimentaire Maniema. Une production accrue, régulière et de meilleure qualité, issue d’exploitations organisées, renforcerait la résilience de la province face aux chocs et aux fluctuations des prix. Elle réduirait la dépendance aux importations souvent onéreuses et améliorerait la nutrition des populations. La mission de la délégation agriculture Kindu dépasse donc la simple réorganisation administrative ; elle dessine les contours d’une future autonomie alimentaire pour le Maniema, faisant de l’agriculture le véritable moteur de son développement économique, en phase avec la vision nationale.
La route reste cependant longue. La réussite de cette transition dépendra de la capacité du ministère agriculture RDC Kindu à traduire ses engagements en actions concrètes, rapides et peu coûteuses. Elle nécessitera également un accompagnement technique continu pour que ces nouvelles coopératives soient gérées avec rigueur et transparence. Si ces conditions sont réunies, le Maniema pourrait offrir un modèle réplicable de transformation agricole par la structuration coopérative, démontrant enfin que le sol peut, économiquement, rivaliser avec le sous-sol.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
