Comment concilier la nécessité d’un dialogue inclusif pour la paix avec le respect strict des institutions étatiques ? Cette question épineuse est au cœur des consultations menées par le Conseil interreligieux congolais (CIC) en vue de l’établissement d’une Commission Vérité et Réconciliation (CVR) en République démocratique du Congo. Une étape significative de ce processus a été franchie ce mercredi 25 février, avec la rencontre entre l’archevêque Dodo Kamba, figure éminente de cette initiative, et les responsables du parti politique NOGEC. Les échanges, centrés sur la méthodologie à adopter pour engager le dialogue avec les groupes armés, ont été marqués par une clarification de taille sur les limites d’action de la future instance.
Dans un contexte où l’Est de la République démocratique du Congo demeure en proie à l’instabilité et aux violences des groupes rebelles, la création d’une Commission Vérité et Réconciliation RDC est souvent présentée comme un mécanisme crucial pour apaiser les tensions et entamer un processus de guérison nationale. L’archevêque Dodo Kamba, en sa qualité de facilitateur des consultations CVR, multiplie les rencontres avec les forces vives de la nation. L’objectif avoué est de recueillir une large palette d’avis et de construire un consensus autour des modalités pratiques de cette institution. La rencontre avec le NOGEC s’inscrit dans cette dynamique de dialogue préalable, essentielle pour garantir la légitimité et l’efficacité de la future commission.
Au centre des discussions avec les responsables politiques du NOGEC a trôné la question sensible du dialogue avec les groupes armés. Comment approcher des acteurs tels que les rebelles de l’AFC/M23, dont les actions ont durablement affecté la sécurité dans le Kivu ? Interrogé sur l’éventualité d’un déplacement à Goma pour rencontrer directement les belligérants, l’archevêque Dodo Kamba a tenu à poser un cadre institutionnel strict. « Pour aller à Goma rencontrer les autres, il faudrait au préalable que nous ayons l’autorisation du Chef de l’État. On ne peut pas se permettre d’agir de la sorte sans en avoir l’autorisation », a-t-il affirmé avec fermeté. Cette déclaration souligne une position de principe : aucune démarche de dialogue groupes armés ne saurait s’opérer en dehors du canal officiel et de la souveraineté de l’État.
Cette prise de position ferme apparaît comme une réponse aux éventuelles craintes ou interprétations erronées. En effet, après des échanges précédents avec d’autres personnalités politiques, certaines voix avaient pu laisser entendre que les consultations pour la CVR pouvaient empiéter sur les prérogatives de l’exécutif. L’archevêque Dodo Kamba a catégoriquement dissipé ces ambiguïtés. Devant la presse, il a réaffirmé que sa mission ne vise « nullement à entraver ou à nous opposer à l’initiative du Chef de l’État ou au travail qu’il a déjà entamé ». Il a martelé le caractère complémentaire et respectueux de sa démarche, qui se veut un appui aux efforts déjà déployés par la Présidence de la République pour stabiliser l’Est du pays et rechercher la paix.
Cette clarification était nécessaire pour rassurer à la fois l’opinion publique et la classe politique congolaise. Elle démontre une conscience aiguë des sensibilités diplomatiques et sécuritaires qui entourent tout processus de paix dans une région aussi volatile. La paix Est Congo ne peut être construite sur des initiatives parallèles ou contradictoires, mais requiert une coordination étroite et une légitimité incontestable. En soumettant explicitement ses actions futures à l’aval du Président Félix Tshisekedi, l’archevêque Dodo Kamba pose les bases d’une collaboration constructive entre la société civile religieuse et les autorités étatiques. Cette approche prudente et respectueuse des procédures pourrait en fait renforcer la crédibilité de la future Commission Vérité et Réconciliation.
Les consultations CVR menées par le CIC doivent se poursuivre dans les prochains jours avec d’autres regroupements politiques et des organisations de la société civile. Ce tour d’horizon vise à finaliser les contours de ce projet ambitieux, en intégrant les perspectives diverses sur la justice transitionnelle, la réconciliation communautaire et les mécanismes de dialogue. La complexité du paysage congolais, marqué par des décennies de conflit, exige une approche nuancée et inclusive. L’archevêque Dodo Kamba, par ses rencontres, tisse patiemment le réseau de confiance et de compréhension mutuelle nécessaire à la réussite d’un tel projet.
Au final, la route vers la paix Est Congo reste semée d’embûches. Cependant, la rigueur institutionnelle affichée par l’archevêque Dodo Kamba dans le cadre des consultations pour la Commission Vérité et Réconciliation RDC envoie un signal fort. Elle indique que tout processus de dialogue, aussi nécessaire soit-il avec les groupes armés, doit s’inscrire dans le respect de l’autorité de l’État et de la chaîne de commandement. Cette condition sine qua non pourrait bien être le gage de la pérennité et de l’efficacité des futures actions de réconciliation. La quête d’une paix durable en République démocratique du Congo passe par ce subtil équilibre entre ouverture au dialogue et fermeté sur les principes de souveraineté nationale.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
