Le ressort de la cour d’appel de l’Ituri est frappé depuis le début de la semaine par une paralysie complète de ses activités judiciaires. Cette suspension, décidée par l’ensemble du barreau de la province, fait suite à un incident grave survenu jeudi dernier à Mambasa, où un avocat a été physiquement agressé par un magistrat en plein exercice de ses fonctions. La grève des avocats en Ituri, une mesure radicale, vise à dénoncer un acte jugé attentatoire à la dignité de la profession et à exiger la saisine de la justice pour des faits qualifiés de flagrants.
Les circonstances de l’altercation, qui a déclenché ce mouvement de protestation sans précédent, ont été relatées par plusieurs sources judiciaires. Tout aurait commencé par une simple démarche de consultation. Un avocat, dont le nom n’a pas été divulgué, s’était présenté au tribunal de Mambasa pour solliciter une audience concernant le dossier de son client. Après avoir patienté toute une journée sans être reçu par le magistrat compétent, il aurait choisi de saisir le supérieur hiérarchique de ce dernier pour exposer les difficultés rencontrées.
Informé de cette démarche, le supérieur aurait convoqué son collaborateur pour l’interpeller sur son attitude. C’est à la suite de ces remontrances que la situation aurait dégénéré. Le magistrat, visiblement mécontent, se serait ensuite rendu auprès de l’avocat pour lui signifier son courroux. La discussion, selon les témoignages recueillis, aurait rapidement tourné à l’affrontement physique. Le magistrat aurait asséné des coups à l’avocat, allant jusqu’à déchirer sa toge, symbole sacré de sa fonction. Cette agression d’un avocat par un magistrat à Mambasa constitue le point de rupture qui a poussé le Conseil de l’Ordre à réagir avec fermeté.
Le Conseil de l’Ordre des avocats de l’Ituri a immédiatement condamné avec la plus grande véhémence cet acte de violence. Dans un communiqué, il a qualifié l’agression d’« acte qui déshonore la profession » et a exigé des sanctions exemplaires à l’encontre de son auteur présumé. Pour le bâtonnier de l’Ordre, Maître Joseph Keta, la réponse ne pouvait être que collective et forte. « Nous estimons que la dignité et l’honneur du corps doivent être préservés », a-t-il déclaré, justifiant la décision de grève. « Si nous avons pris cette décision, c’est pour que l’audience de flagrance puisse se tenir. Les faits, tels qu’ils se sont produits, relèvent de la flagrance. Dans ce cas, le ministère public doit saisir la juridiction compétente afin qu’une audience de flagrance soit organisée. » Cette déclaration place la balle dans le camp des autorités judiciaires et du parquet, sommés de déclencher sans délai la procédure adéquate.
Sur le terrain, les conséquences de cette grève des avocats sont déjà palpables et menacent de durer. La paralysie de la justice en Ituri affecte l’ensemble du système. Un exemple frappant est celui des audiences foraines de la cour militaire de l’Ituri, tenues à Aru-Centre avec l’appui logistique de la MONUSCO. Ces sessions, cruciales pour le traitement d’affaires en attente, se déroulent désormais dans des salles d’audience vidées de leurs défenseurs habituels. Les justiciables concernés se retrouvent contraints de s’en remettre aux seuls défenseurs judiciaires, soulevant des questions urgentes sur le droit à une défense complète et équitable. Comment assurer la continuité du service public de la justice dans un tel contexte de défiance ?
L’ampleur du mouvement et son impact direct sur les tribunaux illustrent le profond malaise qui peut traverser la chaîne judiciaire. L’appel du bâtonnier Joseph Keta pour une audience de flagrance met en lumière les mécanismes prévus par la loi pour traiter ce type de violences, mais interroge aussi sur les délais de réaction des institutions. En l’absence de signal clair des autorités judiciaires provinciales ou nationales, la paralysie des activités risque de s’enliser, pénalisant des centaines, voire des milliers de justiciables à travers la province de l’Ituri. Des dossiers civils, commerciaux et même pénaux sont actuellement dans l’impasse, alimentant un sentiment d’insécurité juridique.
La prochaine étape, attendue par tous les observateurs, repose désormais sur la réaction du ministère public et de la hiérarchie judiciaire. La tenue effective d’une audience de flagrance constituerait un premier pas vers l’apaisement et le retour à la normale. Cette crise, née d’un conflit interpersonnel, révèle des tensions structurelles plus larges au sein de l’appareil judiciaire congolais, où le respect mutuel entre magistrats et avocats est un pilier fondamental de l’État de droit. La résolution de cet incident sera donc scrutée à la loupe, car elle enverra un signal fort sur la capacité de l’institution à se réguler et à sanctionner les dérives en son sein, quelle que soit la fonction de leur auteur.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
