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Bukavu : 13 000 enfants dans la rue, l’enquête choc qui révèle un drame social

« Je me souviens du jour où mon père a dit que j’étais un sorcier. Le lendemain, je dormais sous le pont », confie Jean*, 12 ans, en serrant contre lui une vieille bouteille en plastique qui lui sert de jouet. Comme lui, ils sont près de treize mille enfants à hanter les trottoirs de Bukavu, livrés à eux-mêmes dans une ville qui peine à les voir. Une enquête menée par l’ASBL Bloc Citoyen Amani entre janvier et février 2026 lève le voile sur ce drame silencieux qui mine la capitale du Sud-Kivu. Comment une société peut-elle abandonner ainsi son avenir ?

Les chiffres sont glaçants et dessinent les contours d’une catastrophe sociale. Près de 13 000 mineurs survivent dans l’espace public de Bukavu, selon cette enquête fouillée qui a parcouru les artères de la ville. Derrière ce nombre, qui fait froid dans le dos, se cache une réalité encore plus brutale : 60% de ces enfants des rues de Bukavu sont les produits directs de familles disloquées par le divorce. La cellule familiale, pilier fondamental en République démocratique du Congo, se fissure et expulse ses plus vulnérables.

Mais la dislocation des foyers n’est pas la seule cause de cet exode urbain des plus jeunes. L’enquête menée dans le Sud-Kivu pointe deux autres fléaux structurels. D’abord, la pauvreté extrême qui frappe des milliers de ménages congolais. Quand le ventre crie famine et que les parents sont incapables d’offrir un repas par jour, la rue devient paradoxalement un lieu de survie. Ces enfants partent chercher ce que le foyer ne peut plus leur donner : de quoi apaiser leur faim, au prix de leur sécurité et de leur innocence.

Ensuite, et de manière particulièrement troublante, viennent les accusations de sorcellerie. Combien d’enfants, stigmatisés par des prédicateurs ou par leur propre communauté, se retrouvent-ils chassés comme des pestiférés ? L’enquête révèle que cette croyance destructrice reste un moteur puissant de mise à la rue. Un enfant accusé de porter malheur devient un paria, un bouc émissaire des difficultés familiales. Cette violence psychologique et sociale laisse des cicatrices profondes et alimente un flux constant vers l’enfer du bitume.

La guerre, qui déchire l’Est de la RDC, apporte un paradoxe macabre à cette situation. Les enquêteurs notent que le nombre d’enfants dans les rues de Bukavu aurait légèrement diminué par rapport à la période pré-conflictuelle. La raison ? Une peur viscérale du recrutement forcé par les groupes armés. Certains parents, terrifiés à l’idée de voir leurs fils enlevés, les rappellent au foyer, tandis que d’autres enfants évitent délibérément les places publiques et les grands axes. Mais cette baisse statistique est un leurre, une accalmie précaire. Les experts qualifient la situation de « bombe à retardement » pour la sécurité et l’avenir de toute la région.

Que fait la société face à ce naufrage générationnel ? Le système de protection sociale est à bout de souffle. La guerre a détruit ou contraint à la fermeture la majorité des centres de réinsertion et de formation professionnelle, déjà rares avant les hostilités. Dans ce désert institutionnel, une lueur d’espoir persiste : le centre Ek’abana. Cette structure, l’une des dernières encore opérationnelles à Bukavu, se consacre corps et âme aux enfants accusés de sorcellerie. Elle leur offre un toit, un accompagnement psychologique et une chance de retrouver leur dignité. Mais que deviennent les milliers d’autres, ceux dont la misère est « simplement » économique ou familiale ? Pour eux, les perspectives de réintégration sont quasi nulles.

L’objectif « zéro enfant dans la rue » porté par l’ASBL Bloc Citoyen Amani semble aujourd’hui un vœu pieux face à l’ampleur du défi. La crise des enfants des rues à Bukavu n’est pas un phénomène isolé ; c’est le symptôme d’un malaise profond. Elle interroge notre capacité collective à protéger les plus faibles, à reconstruire des familles résilientes et à lutter contre les obscurantismes qui sacrifient l’enfance. Tant que les causes racines – la pauvreté extrême au Congo, les fractures familiales et les croyances nuisibles – ne seront pas traitées avec la fermeté et les ressources nécessaires, les trottoirs de Bukavu continueront d’être les berceaux brisés d’une génération sacrifiée. La rue n’est pas une fatalité, elle est le miroir de nos échecs.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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