La dotation de huit véhicules tout-terrain de marque Land Cruiser aux services techniques provinciaux de Kananga marque un tournant stratégique dans la mise en œuvre des projets infrastructures RDC. Cet appui matériel, d’une valeur non divulguée mais significative, constitue l’un des premiers jalons concrets du corridor économique RDC-Angola, financé par la Banque africaine de développement Kasaï-Central. Cette initiative vise à adresser un goulet d’étranglement chronique de l’administration publique : l’immobilisme sur le terrain.
Comment les administrations peuvent-elles superviser des chantiers d’envergure ou évaluer les besoins des populations sans moyen de se déplacer ? Cette question, récurrente dans les provinces éloignées de la capitale, trouve aujourd’hui une réponse concrète. La remise officielle de ces véhicules, intervenue ce lundi 23 février dernier, n’est pas un simple geste logistique. Elle s’apparente à l’huile nécessaire au moteur du développement provincial, permettant aux différents bureaux d’état-major de passer enfin de la théorie à la pratique.
Les bénéficiaires de cette dotation véhicules Kananga couvrent un spectre large des compétences nécessaires à l’aménagement du territoire. La Mairie de Kananga, en charge de l’administration urbaine, côtoie ainsi les divisions provinciales de l’Agriculture et de l’Environnement, piliers des secteurs productifs. Le volet infrastructure est quant à lui renforcé par l’équipement de l’Office des Routes (OR), de l’Office des Voiries et Drainages (OVD) et de l’Office des Voies de Desserte Agricole (OVDA). Enfin, la Commission nationale de prévention routière (CNPR) voit sa capacité de terrain décuplée, un point crucial pour la sécurité sur les futurs axes du corridor.
Sur le plan économique, l’impact de cette mesure est double. À court terme, elle injecte une capacité opérationnelle immédiate, réduisant les délais de supervision et de contrôle des projets en cours. À moyen terme, elle est conçue pour amplifier l’efficacité de l’investissement massif que représente le corridor. « Il ne s’agit pas seulement de fournir du matériel, mais de permettre à ces structures de jouer pleinement leur rôle de superviseurs et d’acteurs de développement », a souligné Billy Tshibambe, coordonnateur national de la Cellule Infrastructures. En d’autres termes, chaque véhicule devient un multiplicateur de valeur, garantissant que chaque franc investi dans les infrastructures soit surveillé, guidé et optimisé.
Le corridor économique RDC-Angola lui-même, porté par la Banque africaine de développement, est un projet structurant visant à désenclaver une région au potentiel agricole et minier immense. En améliorant la connectivité et les échanges transfrontaliers, il doit générer une croissance inclusive. Cependant, sans une administration capable de suivre le rythme des travaux et d’en réguler les impacts sociaux et environnementaux, les retombées pourraient être inégales. La dotation actuelle est donc la première pierre d’un édifice plus vaste : la construction d’une capacité administrative résiliente et mobile, condition sine qua non pour que la manne infrastructurelle ne soit pas gaspillée.
Les perspectives pour le Kasaï-Central sont ainsi redessinées. Avec des services techniques désormais mobiles, la planification urbaine de Kananga, le suivi des projets agricoles, l’entretien des routes et la prévention des accidents pourront s’effectuer sur la base de données de terrain actualisées, et non plus sur des rapports de bureau. Cette agilité retrouvée est un signal fort envoyé aux partenaires techniques et financiers : la province se dote des outils minimaux pour gérer sa propre transformation. La réussite de cette phase logistique ouvre la porte à d’autres appuis similaires, potentiellement étendus à d’autres provinces traversées par le corridor. L’enjeu est désormais de passer du symbole à la systématisation, pour faire de la mobilité administrative une norme et non plus une exception dans le paysage du développement congolais.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
