Ce mercredi, les présidents Emmanuel Macron et Félix Tshisekedi se retrouvent à Paris pour un entretien bilatéral dont les enjeux dépassent le cadre d’une simple visite de courtoisie. Cette rencontre, la première depuis janvier 2026, intervient dans un contexte de tensions persistantes dans l’est de la République démocratique du Congo, où la situation humanitaire et sécuritaire reste précaire. Quels sont les objectifs concrets de cette diplomatie franco-congolaise renouvelée ?
Le précédent tête-à-tête entre les deux chefs d’État, le 23 janvier dernier à l’Élysée, avait déjà placé la crise dans les Grands Lacs au cœur des discussions. Cette fois encore, l’ombre du conflit qui ravage les provinces de l’Est plane sur les échanges. La France, acteur diplomatique traditionnel en Afrique, semble vouloir réaffirmer son rôle de facilitateur dans une région où son influence est scrutée, parfois avec méfiance. La coopération bilatérale, bien sûr, sera abordée, mais c’est la recherche d’une paix durable dans l’Est qui constitue le dossier prioritaire.
L’approche française semble articulée autour du soutien aux cadres de négociation existants. Paris a ainsi salué, mi-février, l’accord du président Tshisekedi pour mettre en œuvre un cessez-le-feu tel que proposé par la médiation angolaise. Cette position démontre un alignement sur les efforts régionaux, une stratégie qui évite l’écueil d’une imposition unilatérale de solutions. De même, la diplomatie française a souligné avec insistance l’importance de la mise en œuvre intégrale de l’accord de Washington du 4 décembre 2025. Cet appel à ce que « toutes les parties respectent leurs engagements » sonne comme un rappel à l’ordre adressé aux différents belligérants, mais aussi comme un soutien ferme à la ligne défendue par Kinshasa.
Au-delà des déclarations de principe, l’engagement français se veut concret et multidimensionnel. Il s’agit d’une diplomatie qui tente de lier le sécuritaire, le politique et l’humanitaire. L’Accord-cadre de Doha du 15 novembre dernier et l’action de l’Union africaine sont présentés par Paris comme des piliers complémentaires de cette « dynamique de paix ». La France affirme être « pleinement mobilisée » pour que ces mécanismes se traduisent par des améliorations rapides et tangibles pour les populations civiles, premières victimes d’un conflit aux racines complexes.
Le volet humanitaire constitue d’ailleurs un axe visible de l’action française. Le Quai d’Orsay a salué le déplacement à Goma de Vivian van de Perre, cheffe par intérim de la MONUSCO, missionnée pour préparer le soutien de l’ONU à la vérification d’un éventuel cessez-le-feu. Surtout, Paris a mis en avant le « premier vol » vers l’aéroport de Goma comme une étape cruciale. Ce vol symbolise la concrétisation d’un engagement pris lors de la Conférence de Paris d’octobre 2025 : rétablir des couloirs humanitaires aériens pour desservir une région souvent coupée du monde. La France appelle maintenant à ce que ce premier pas permette l’établissement de vols réguliers, essentiels pour acheminer l’aide.
L’entretien de ce mercredi sera donc l’occasion pour Emmanuel Macron et Félix Tshisekedi de faire le point sur l’état d’avancement de ces différents dossiers. Pour le président congolais, il s’agit de s’assurer du soutien politique continu d’un partenaire permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, capable d’influencer le discours international sur la crise. Pour le président français, il s’agit de démontrer l’efficacité d’une diplomatie d’engagement et de suivi, dans une région où la France cherche à redéfinir sa relation post-« Françafrique ».
Les défis sont de taille. La situation sur le terrain demeure extrêmement volatile, et la confiance entre les parties est limitée. La capacité de la France à jouer un rôle d’honnête courtier, accepté par tous, n’est pas acquise. Cet entretien à Paris permettra-t-il de donner une impulsion nouvelle aux processus de paix enlisés ? La réponse se mesurera moins dans les communiqués officiels que dans les actions concrètes qui suivront, sur le terrain congolais. La stabilisation de l’Est de la RDC reste un objectif lointain, mais chaque dialogue, chaque réouverture de voie humanitaire, constitue une pierre nécessaire à l’édifice d’une paix tant attendue par les populations des Grands Lacs.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
