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Sud-Kivu : La guerre vole l’avenir de 688 000 élèves

Dans l’ombre des kalachnikovs et du bruit des obus, un autre drame, plus silencieux mais tout aussi dévastateur, se joue dans les collines du Sud-Kivu : celui d’une génération entière à qui l’on confisque le droit fondamental d’apprendre. Comment construire l’avenir d’une province quand les salles de classe se vident et que les cahiers sont remplacés par la peur ? Les récentes données du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) dressent un tableau alarmant de l’éducation en situation d’urgence dans cette région en proie aux violences.

En janvier 2026, pas moins de 1 768 écoles sont restées portes closes. Ce chiffre, qui représente 21% des établissements de la province, a une traduction humaine insoutenable : plus de 688 000 élèves privés de bancs d’école. Derrière ces statistiques froides se cache une réalité brutale. « Au moins dix élèves ont perdu la vie durant la période », rapporte OCHA, dont huit directement lors d’affrontements armés. À Kaziba, dans le territoire de Walungu, ce sont des restes explosifs de guerre, héritage macabre des conflits, qui ont tué deux enfants. Peut-on parler d’accident quand la guerre devient l’environnement quotidien de l’enfance ?

La légère amélioration par rapport au mois de décembre – où près de 1 900 écoles étaient non fonctionnelles – ne doit pas faire illusion. Elle masque une continuité éducative gravement compromise et expose les enfants à des risques accrus. Loin des cadres d’apprentissage sûrs, ces milliers de filles et de garçons sont plus vulnérables aux violences, à l’exploitation ou au recrutement par des groupes armés. L’interruption répétée des cours dans les territoires d’Uvira, Fizi et Walungu creuse un fossé d’inégalités que les cours de rattrapage, pourtant prévus, peinent à combler. Un frein majeur ? Le manque criant de ressources financières qui limite l’action des partenaires humanitaires.

Face à cette urgence, quelle réponse l’État congolais apporte-t-il ? Le ministère de l’Éducation nationale a officiellement adopté la Stratégie de l’éducation et de la formation en situations d’urgence (SEFSU) 2025-2029. Ce plan ambitieux et holistique vise précisément à garantir la continuité de l’apprentissage malgré les conflits. Il repose sur plusieurs piliers essentiels : la protection physique et psychologique des apprenants, un soutien psychosocial pour panser les traumatismes de la guerre, et une pédagogie adaptée aux environnements instables. Un enseignant d’Uvira, sous couvert d’anonymat, confie : « On essaie de faire cours quand on peut, entre deux alertes. Les enfants sont stressés, distraits. Enseigner la grammaire ou les maths quand on entend des tirs à quelques kilomètres, c’est un défi quotidien. »

Mais cette stratégie SEFSU, saluée par les acteurs de terrain, se heurte déjà à un écueil de taille : son financement. Son déploiement nécessiterait plus de 820 millions de dollars américains, une somme colossale dans un contexte où les besoins humanitaires globaux explosent. La communauté internationale parviendra-t-elle à mettre la main à la poche pour sauver l’école congolaise en zone de guerre ? L’enjeu dépasse la simple scolarisation. Il s’agit de offrir un espace de normalité, de protection et d’espoir à des enfants qui n’ont connu que le chaos. Refuser l’éducation à une génération, n’est-ce pas préparer le terrain pour les conflits de demain ?

Les affrontements armés au Sud-Kivu ne détruisent pas seulement des villages ; ils sapent les fondations mêmes de la société en anéantissant son école. Le rapport d’OCHA sur l’éducation sonne comme un avertissement solennel. La stratégie SEFSU constitue une feuille de route nécessaire, mais elle restera une coquille vide sans un engagement financier et politique à la hauteur de la catastrophe en cours. L’avenir du Sud-Kivu, et d’une partie de la RDC, se joue aujourd’hui dans la capacité à rouvrir ces 1 768 écoles et à y ramener, en sécurité, les 688 000 élèves qui les attendent. Le compte à rebours est lancé.

Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd

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Yvan Ilunga
Yvan Ilunga
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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