Une lueur d’espoir dans la lutte contre le choléra perce à Sangé, dans la province du Sud-Kivu. Après huit semaines d’une intervention d’urgence ciblée, Médecins Sans Frontières (MSF) rapporte une diminution spectaculaire de 90% des cas pris en charge dans cette zone en proie à une crise humanitaire aiguë. Cette baisse significative intervient après le traitement de 809 patients et la mise en place de mesures préventives cruciales. Mais comment une maladie aussi ancienne et évitable que le choléra parvient-elle encore à provoquer des épidémies d’une telle ampleur en République Démocratique du Congo ? La réponse se trouve souvent à l’intersection de la fragilité des systèmes de santé et de l’insécurité persistante.
Le choléra est une infection diarrhéique aiguë causée par la bactérie Vibrio cholerae. Elle se transmet principalement par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés. Dans un contexte comme celui de la plaine de la Ruzizi, où les réseaux d’eau sont défaillants, la maladie peut se propager à une vitesse alarmante, provoquant une déshydratation sévère pouvant entraîner la mort en quelques heures si elle n’est pas traitée. Les enfants, dont le système immunitaire est plus vulnérable, sont particulièrement à risque. Les symptômes typiques incluent des diarrhées liquides abondantes et des vomissements, créant un cercle vicieux de perte de fluides et d’électrolytes.
À Sangé, cette épidémie de choléra RDC a été décrite comme la plus grave enregistrée dans la zone de santé de Ruzizi depuis cinq ans. La racine du problème ? Un accès catastrophiquement limité à l’eau potable. Les deux principaux points de captage d’eau de la cité sont hors service, leurs systèmes de filtration obstrués par le sable et la terre. Pire encore, l’accès pour les réparer est entravé par la présence de groupes armés et les affrontements récurrents entre les Forces armées de la RDC (FARDC), les milices Wazalendo et la rébellion du M23. Privés de cette ressource vitale, de nombreux habitants n’ont eu d’autre choix que de consommer l’eau non traitée de la rivière ou des canaux d’irrigation, un bouillon de culture idéal pour la bactérie du choléra.
Face à cette urgence, l’action de MSF Sud-Kivu s’est articulée autour de deux axes : le soin et la prévention. L’organisation a appuyé le centre de traitement du choléra de l’hôpital général de Sangé et celui du centre de santé de Ndunda. En parallèle, la clé de la prévention a été le traitement eau potable. Plus de 50 points de chloration ont été installés dans la zone, agissant comme des barrières chimiques pour purifier l’eau et tuer les agents pathogènes. Imaginez la chloration comme un bouclier invisible qui rend l’eau sûre à la consommation. Des campagnes de nettoyage des points de captage et une formation intensive des communautés aux gestes d’hygiène, comme le nettoyage approprié des bidons, ont complété cette stratégie.
Pourtant, cet élan positif reste extrêmement fragile. La crise humanitaire Ruzizi est alimentée par des déplacements massifs de populations fuyant les combats. Ces familles déplacées se retrouvent souvent entassées dans des abris de fortune, avec un accès limité aux latrines et à l’eau salubre, créant des conditions parfaites pour la résurgence de la maladie. Le travail des humanitaires est lui-même menacé par l’insécurité, comme en témoigne l’évacuation temporaire des équipes de MSF fin janvier après une explosion mortelle dans la ville.
Alors, que faut-il retenir de cette situation à Sangé ? Premièrement, que la réponse médicale, bien que vitale, n’est qu’un pansement sur une plaie structurelle. La solution durable passe par la réhabilitation sécurisée des infrastructures hydrauliques et, en amont, par la recherche de la stabilité dans la région. Deuxièmement, les actions de sensibilisation communautaire sont primordiales. Reconnaître les premiers symptômes du choléra – une diarrhée aqueuse soudaine – et savoir où se rendre pour une réhydratation urgente peut sauver des vies. Enfin, cette crise rappelle avec acuité que l’accès à l’eau potable n’est pas un luxe, mais un droit fondamental et la première ligne de défense contre les maladies hydriques. Sans un engagement soutenu pour rétablir ce droit, les progrès accomplis par MSF et ses partenaires pourraient n’être qu’un répit temporaire dans le cycle infernal des épidémies au Sud-Kivu.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
