Vingt-six otages, capturés en janvier par les rebelles des Forces Démocratiques Alliées (ADF) dans les localités de Bwana Sura et Mamove, en territoire d’Irumu, ont recouvré la liberté ce lundi 16 février. Leur libération intervient après le versement de rançons, confirmant une nouvelle fois ce mode de financement comme pratique systémique pour ce groupe armé actif dans l’est de la République Démocratique du Congo.
Les personnes libérées ont pu regagner leurs familles dans la localité de Monge, selon plusieurs sources locales concordantes. Cependant, cette bonne nouvelle reste entachée par le mécanisme qui l’a permise. Le paiement de rançons constitue désormais une ressource financière récurrente et structurante pour les ADF, alimentant directement leur capacité de nuisance et perpétuant le cycle des violences dans la province de l’Ituri.
Cette affaire de kidnapping ADF en Ituri illustre un phénomène plus large et de plus en plus préoccupant. Depuis le mois de janvier, ce sont au total 52 otages qui auraient été libérés, majoritairement après le versement de sommes d’argent par leurs proches. Le revers de cette médaille est sombre : les individus dont les familles ne peuvent pas s’acquitter de la rançon exigée sont purement et simplement exécutés. Cette logique brutale place les populations dans une insoutenable dilemme entre ruine et deuil.
Face à cette escalade, la société civile hausse le ton. L’ONG de défense des droits de l’homme CRDH (Centre de Recherche sur les Droits de l’Homme) lance un appel pressant pour une réponse militaire plus musclée. « Nous demandons aux forces conjointes de lancer des opérations militaires d’envergure dans la zone », a déclaré Christophe Munyanderu, coordonnateur de cette structure. Au-delà de l’action armée, l’organisation citoyenne réclame des investigations pour identifier et démanteler les réseaux de transfert d’argent utilisés pour collecter les rançons, un maillon essentiel dans la chaîne de financement des groupes armés.
De leur côté, les sources militaires contactées par Congo Quotidien affirment que des opérations sont déjà en cours sur le terrain pour neutraliser ces groupes. Elles se veulent rassurantes quant à la détermination des Forces Armées de la RDC et de leurs alliés. Pourtant, la persistance des enlèvements et la libération conditionnelle des otages interrogent sur l’efficacité réelle de ces manœuvres. La sécurité sur le territoire d’Irumu reste plus que jamais un défi majeur.
Parallèlement, la situation sécuritaire globale dans la province de l’Ituri demeure extrêmement critique. La découverte macabre de cinq corps d’agriculteurs à Teturi, dans le territoire voisin de Mambasa, est venue rappeler la constante menace qui pèse sur les civils. Simultanément, de nouveaux cas d’enlèvements ont été signalés, confirmant que le calvaire des populations est loin de prendre fin. Comment briser ce cercle vicieux de la violence et du chantage financier ?
La libération d’otages contre rançon, si elle est un soulagement immédiat pour les familles concernées, pose en réalité un problème stratégique de fond. Chaque paiement valide la méthode des ADF et leur fournit les moyens de continuer leurs activités criminelles. Cela crée un marché de la peur où la vie humaine a un prix, et où les groupes armés deviennent des entrepreneurs de la terreur. La question de la rançon pour les otages en RDC est désormais au cœur de la dynamique du conflit en Ituri.
Les autorités civiles et militaires se trouvent ainsi face à une équation complexe : comment protéger les vies à court terme sans renforcer l’adversaire à moyen terme ? La réponse passe sans doute par une approche intégrée, combinant une pression militaire accrue et ciblée, une vraie sécurisation des zones rurales pour empêcher les prises d’otages, et un travail de renseignement pour couper les flux financiers illicites. L’actualité du conflit en Ituri exige des solutions à la hauteur de l’urgence. La communauté internationale, souvent silencieuse sur ces drames répétés, est-elle prête à soutenir une stratégie plus offensive pour rétablir la sécurité dans les territoires en proie à l’instabilité ?
Pour l’heure, les familles des libérés tentent de panser leurs plaies, tandis que d’autres, dans l’ombre, négocient dans l’angoisse la vie de leurs proches toujours captifs. La libération des otages des ADF à Monge est une victoire amère qui ne doit pas masquer l’ampleur du défi sécuritaire. Tant que le business des kidnappings sera rentable, le cycle infernal des enlèvements et des exécutions se perpétuera, plongeant l’Ituri dans une instabilité chronique. La balle est désormais dans le camp des autorités pour transformer les promesses d’opérations en résultats concrets et durables.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: mediacongo.net
